
19.03.2026
Plus de 400 experts issus de 30 pays ont rédigé une lettre ouverte dans laquelle ils expliquent que l'interdiction faite aux mineurs d'accéder aux réseaux sociaux entraînerait la création d'énormes bases de données centralisées contenant les informations personnelles des utilisateurs.
«Nous vous écrivons cette lettre pour demander un moratoire sur les projets de déploiement [des initiatives mondiales visant à mettre en place des technologies de vérification de l'âge afin de mettre en œuvre un contrôle d'accès aux services Internet] jusqu’à ce qu’un consensus scientifique se dégage sur les avantages et les inconvénients que peuvent présenter les technologies de vérification de l’âge, ainsi que sur la faisabilité technique d’un tel déploiement», annoncent-ils dans la lettre ouverte.
«Nous craignons que, si cela est mis en œuvre sans une analyse approfondie des risques technologiques et de son impact sur la société, cette nouvelle réglementation ne fasse plus de mal que de bien», avertissent-ils.
Ces mesures «ne bénéficient pas de la confidentialité inhérente aux contrôles hors ligne effectués à l'aide de pièces d'identité. Les débats actuels concernant la nécessité de réglementer les réseaux sociaux, les chatbots basés sur l'IA ou la messagerie instantanée obligeraient tous les utilisateurs – mineurs et adultes – à prouver leur âge pour discuter avec leurs amis et leur famille, lire les actualités ou rechercher des informations; ce qui va bien au-delà de ce qui ne s’est jamais produit dans notre vie hors ligne», mettent-ils.
«De plus, l’accès aux contenus et aux plateformes de communication présente également des avantages avérés pour les enfants et les adultes, qui peuvent ainsi trouver des informations, demander conseil et rencontrer des communautés pour rompre leur isolement. Nous observons avec une grande inquiétude que l’ introduction de la vérification de l’âge menace d’éliminer tous ces avantages sans aucune garantie qu’une telle mesure serait la solution aux préjudices qui nous préoccupent tous, tout en mettant en place une infrastructure qui pourrait être exploitée pour interdire l’accès aux services Internet pour des raisons sans rapport avec la sécurité», notent-ils, précisant: «Les contrôles de vérification de l'âge sont faciles à contourner» notamment «avec l’IA pour modifier l'apparence des utilisateurs».
«De tels contrôles nécessitent également la mise en place d'infrastructures de confiance à l'échelle d'Internet qui n'existent pas à l'heure actuelle, dont le déploiement technique serait très complexe et dont
l'application juridique à l'échelle mondiale semble incertaine. Il n'est pas garanti qu'ils empêchent les mineurs d'accéder à des contenus en ligne préjudiciables, ni que les adultes ne pénètrent pas dans des espaces destinés aux enfants et conçus pour être sûrs».
«Non seulement les contrôles de vérification de l'âge risquent d'être inefficaces, mais ils peuvent en réalité nuire à la sécurité en ligne en exposant les utilisateurs à des logiciels malveillants et à des escroqueries lorsqu'ils se tournent vers des services alternatifs qui ne mettent pas en œuvre de vérification — et les utilisateurs se tourneront sans aucun doute vers ces sources alternatives. Cette politique réduira inévitablement
de manière considérable la confidentialité en ligne en obligeant les utilisateurs à divulguer davantage d'informations aux fournisseurs de services qu'ils ne le font actuellement».
«Deux questions cruciales n'ont pas été abordées», concluent-ils: «l'efficacité de la vérification de l'âge et les risques potentiels pour la sécurité générale et la vie privée».
«Nous estimons qu'il est dangereux et socialement inacceptable de mettre en place un mécanisme de contrôle d'accès à grande échelle sans avoir une idée claire des implications que différents choix de conception peuvent avoir sur la sécurité, la vie privée, l'égalité, et, en fin de compte, sur la liberté de décision et l'autonomie des individus et des nations», concluent-ils.
En 2025, les bases de données d'une société tierce fournissant des services de vérification de l'âge des utilisateurs au Royaume-Uni et en Australie ont été piratées. Les données de 70.000 Britanniques et de 68.000 Australiens ont alors été divulguées sur le darknet.
Abonnez-vous à notre chaîne Telegram: https://t.me/observateur_continental
