
09.09.2026
Les efforts diplomatiques visant à mettre fin à un conflit armé aigu et sanglant doivent être salués. Et la persévérance de l'administration de Donald Trump, qui les déploie depuis plus d'un an et demi, mérite reconnaissance, même si les résultats ne sauraient être qualifiés d'exceptionnels. Du moins, la Maison Blanche est la seule en Occident à tenter quelque chose tout en disposant des moyens d'influer sur la situation.
Le président des États-Unis et ses plus proches collaborateurs souhaiteraient probablement mettre vraiment fin à la guerre. Sa poursuite détourne l'attention des axes de politique étrangère qu'ils considèrent comme prioritaires. Toutefois, il s'agit là d'une condition nécessaire, mais pas suffisante.
Pourquoi le règlement initié par Trump tourne-t-il en rond, chaque cycle se soldant par une nouvelle déception?
Donald Trump et ses émissaires de confiance considèrent la tâche comme extrêmement ardue, mais relevant en quelque sorte d'un exercice technique. Un casse-tête soluble en soi, en dehors du contexte international global. C'est le propre de la Maison Blanche actuelle: concevoir l'ordre mondial comme un ensemble de problèmes appliqués visant à renforcer les positions des États-Unis, en premier lieu commerciales. Une approche compréhensible au regard de l'expérience professionnelle de tous les protagonistes, le président lui-même autant que ses deux émissaires clés.
Une telle démarche est utile à condition de ne pas être programmatique, mais instrumentale. C'est-à-dire à condition d'être accompagnée d'une compréhension claire des dynamiques du développement international qui ont conduit au conflit et de ses causes profondes. En conséquence, de ce qu'il faut corriger dans le système de relations entre les grandes puissances afin d'éviter ce type d'affrontements.
Le refrain permanent de Trump "cette guerre n'aurait jamais commencé si j'avais été président" sous-entend que les coupables sont la bêtise et l'incapacité du "Joe endormi" et des démocrates qui l'entouraient. Trump a certes dit un jour que la crise avait été provoquée par la politique de longue date d'élargissement de l'Otan, mais dans l'ensemble, les grands processus politico-militaires l'intéressent peu. Or la politique des États-Unis et de l'Otan à l'égard de l'Ukraine était déterminée pendant des décennies non pas par les préférences conjoncturelles de tel ou tel dirigeant à Washington ou à Bruxelles, mais par une certaine vision des intérêts stratégiques de l'Occident. Et la crise, entrée dans sa phase la plus aiguë en 2022, est le prolongement logique de tout ce qui s'est produit depuis 1991.
De là découle la sous-estimation par la Maison Blanche de l'importance que revêt l'issue des événements militaires pour l'ensemble des parties prenantes, celles directement engagées sur le champ de bataille et celles qui apportent un soutien direct, comme l'Europe. Pour la Russie comme pour l'Ukraine, trop de choses dépendent de l'issue de cet affrontement (de manière différente, naturellement, mais les deux parties sont convaincues de son caractère décisif) pour qu'une résolution puisse advenir par la voie du "deal" cher à Trump. Et chaque nouvelle tentative de négociation se termine selon le même schéma, proche de l'impasse.
Un autre facteur important est la contradiction entre la contribution que Washington a apportée dans les faits et continue en partie d'apporter à la prolongation du conflit, et le rôle qu'il souhaite jouer. La position des États-Unis a sans aucun doute évolué depuis l'arrivée de l'équipe Trump, l'obsession pour cette guerre a nettement diminué. Le président actuel souhaite prendre du recul tout en conservant des leviers d'influence décisifs sur les événements. Mais c'est là que surgit la dissonance. Transférer aux Européens le fardeau financier, la responsabilité des décisions et de leur issue, tout en exigeant le respect de ses propres conditions, c'est une tâche loin d'être évidente. Elle requiert une soumission inconditionnelle des partenaires subalternes. Or la Maison Blanche ne peut l'obtenir, faute de disposer de capacités coercitives suffisamment écrasantes. De plus, tant Kiev que les capitales européennes ont appris à composer avec un président américain atypique et, si elles ne parviennent pas à imposer leur volonté, elles savent du moins esquiver sa pression.
Le moment décisif pourrait résider dans l'arrêt total de tout soutien militaire, mais Trump ne le fera jamais, même s'il le souhaitait. Contribuer au succès de la Russie n'entre pas dans ses plans (même si, jusqu'à un certain point, l'issue de l'affrontement armé lui est indifférente, pourvu qu'il ne s'agisse pas d'une défaite totale de l'Ukraine). Et de telles actions ne trouveraient de compréhension dans pratiquement aucun segment du spectre politique américain. L'intérêt positif pour la Russie y est quasi inexistant. Autrement dit, la Maison Blanche n'envisage pas de révolution dans son approche de la guerre à l'est de l'Europe. Et sans cela, on revient à la situation actuelle: un affrontement visqueux et très dur, d'une durée indéterminée. Un affrontement dans lequel ceux qui y participent directement et en assument eux-mêmes tous les risques jouent un rôle plus important que n'importe quel médiateur, observateur ou supporter extérieur.
Tout cela ne signifie pas que les tournées du tandem de pacificateurs soient dépourvues de sens. L'infrastructure de communication entre adversaires est d'une importance capitale. Dans ce domaine, il existe actuellement des problèmes organisationnels, notamment en ce qui concerne les institutions officielles. Les amis et les proches sont utiles pour établir une entente informelle, mais ce ne sont pas eux qui concluent la paix. L'activité de navette du gendre et du partenaire d'affaires peut servir de catalyseur à des négociations fondamentales sur la fin du conflit. Mais ce sont des personnes et des structures disposant de la légitimité étatique et de toutes les prérogatives nécessaires qui les mèneront et mettront fin à la guerre.
Fiodor Loukianov, journaliste et analyste politique
Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs. Observateur Continental se dégage de toutes responsabilités concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes
Abonnez-vous à notre chaîne Telegram: https://t.me/observateur_continental
