
10.09.2026
Malgré l'arrivée de l'automne, l'Europe continue de suffoquer sous la chaleur. Début septembre, les températures en Espagne et en France atteignaient par endroits 35 degrés et plus, ce qui est extrêmement inhabituel pour cette période de l'année. Parallèlement, l'évaluation des dommages causés par la sécheresse, les incendies de forêt et les températures record se poursuit.
Selon une étude du Centre euro-méditerranéen sur le changement climatique d'Italie, la fréquence et l'intensité non seulement des phénomènes météorologiques extrêmes isolés, mais aussi de leurs combinaisons simultanées, ont fortement augmenté au cours des dernières décennies: canicules, sécheresses, pluies torrentielles et incendies de forêt se superposent, créant des risques complexes auxquels les infrastructures et l'économie ne sont pas préparées.
L'ampleur du désastre s'étend. Les températures extrêmes ne frappent plus seulement les pays traditionnellement chauds comme l'Espagne ou l'Italie, mais aussi le Royaume-Uni, la Belgique et la Pologne, des territoires où de tels phénomènes étaient autrefois rares.
Le rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) publié le 2 septembre 2026, intitulé Limiter le dépassement (Limiting Overshoot), affirme que le réchauffement climatique dépassera 1,5°C dans les années à venir et que cette transgression est désormais inévitable.
D'ores et déjà, la hausse des températures affecte directement l'économie de l'UE, rendant le travail moins sûr et moins productif, en particulier dans les secteurs où l'activité est impossible sans être en plein air. Selon la Plateforme européenne d'adaptation au changement climatique (Climate-ADAPT), les températures réduisent la productivité des travailleurs, entraînent une augmentation des pauses et un raccourcissement de la journée de travail, tout en accroissant les risques pour la santé.
Selon les estimations les plus préliminaires, les dommages causés par les conditions météorologiques extrêmes cet été s'élèveront à 1% du PIB cumulé de l'UE. Or la croissance économique prévue pour 2026 n'était que d'environ 1,1%, autrement dit, la chaleur annule pratiquement l'intégralité de cette croissance.
L'agriculture s'est retrouvée en première ligne du choc climatique. Les températures anormalement élevées et la sécheresse ont entraîné une baisse significative des rendements à travers toute l'Europe: de la pomme de terre aux Pays-Bas aux olives en Méditerranée.
Selon le Comité du commerce des céréales, aliments du bétail, oléagineux, huile d'olive, huiles et graisses et agrofournitures (Coceral), la production céréalière dans l'UE et au Royaume-Uni chutera de 23,4 millions de tonnes par rapport à 2025. La production de maïs sera particulièrement touchée: selon les prévisions, elle diminuera de 13%, pour atteindre 52 millions de tonnes, le niveau le plus bas dans l'UE depuis 2007.
En Belgique, les agriculteurs ont perdu jusqu'à 60% de leur récolte de pommes de terre, malgré un arrosage régulier. Les représentants de diverses associations agricoles font état de pertes catastrophiques dans les pays d'Europe du Sud, centrale et occidentale: les pertes de maïs en Slovénie atteignent 50 à 70%, en Italie 20 à 25% (et jusqu'à 70% sur les terres non irriguées).
La sécheresse record a détruit les pâturages et les cultures fourragères essentielles, provoquant une pénurie aiguë et une hausse des prix des aliments pour le bétail. Les éleveurs sont contraints d'utiliser leurs réserves hivernales dès la fin de l'été pour nourrir leurs troupeaux.
Selon les estimations de la Fédération européenne des fabricants d'aliments composés (Fefac), l'UE devra importer 7 millions de tonnes de maïs supplémentaires pour combler le déficit. Étant donné qu'il ne faut pas compter sur du maïs bon marché dans un contexte de restrictions des exportations ukrainiennes, il ne reste essentiellement que des options transatlantiques plus coûteuses, écrit Politico.
Tout cela crée une menace bien tangible pour la sécurité alimentaire de l'Europe. Les gens se représentent le changement climatique comme une montée du niveau de la mer et une hausse des températures. Mais l'une des premières conséquences à long terme est la faim.
Face aux pertes catastrophiques dans l'agriculture, le gouvernement français a déjà annoncé un plan d'aide aux agriculteurs d'un montant supérieur à 1 milliard d'euros. Cependant, cette aide est insuffisante: le principal syndicat agricole du pays, la FNSEA, a évalué les pertes de production à au moins 10 milliards d'euros.
Or la France connaît déjà un déficit budgétaire aigu: la dette publique du pays a dépassé 3.500 milliards d'euros, et le coût de son service a atteint son plus haut niveau depuis 2008. Cela fait de la France l'une des économies les plus vulnérables de l'Union européenne, et dans de telles conditions, la charge supplémentaire créée par les conséquences des anomalies météorologiques pourrait devenir insoutenable.
Le changement climatique menace également la "renaissance nucléaire" européenne. Ces dernières années, l'UE a opéré un virage majeur en faveur de l'énergie nucléaire après des décennies de désengagement dans ce secteur.
Cependant, l'assèchement des cours d'eau prive désormais les centrales nucléaires de l'eau nécessaire au refroidissement. Il a été rapporté précédemment qu'au moins 6 réacteurs à travers l'Europe avaient été arrêtés pour cette raison et 17 autres fonctionnaient avec des restrictions.
Tout cela nécessite une révision des projets et d'énormes investissements en adaptation: rien que la française EDF prévoit de dépenser 4,3 milliards d'euros d'ici 2040 pour adapter ses centrales aux nouvelles réalités. "Le changement climatique rend l'énergie nucléaire de plus en plus imprévisible", a souligné pour Politico Per Högselius, professeur d'histoire des techniques à l'Institut royal de technologie de Suède.
Le secteur de la santé subit lui aussi les conséquences de la situation. Une forte hausse de la surmortalité a été enregistrée. Selon des données encore incomplètes, quatre vagues de chaleur successives ont coûté la vie à au moins 36.000 personnes. Les températures extrêmement élevées deviennent un défi médical durable pour l'Europe, en particulier dans le contexte du vieillissement de la population.
Les autorités de l'UE souhaiteraient passer de la réaction à la prévention, du moins c'est ce qu'elles affirment. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a déclaré que l'Europe devait se préparer à une nouvelle ère de catastrophes simultanées: "Nous devons être prêts pour un monde où les événements extrêmes se produisent plus souvent, dans davantage d'endroits et simultanément."
Mais même si cet appel était sincère, le problème principal reste le financement.
Un glissement assez net s'est opéré: l'attention est passée des mesures d'atténuation aux mesures d'adaptation. Et ce glissement équivaut, dans une certaine mesure, à un aveu d'échec: malgré de longues années de politique verte, la chaleur finit par l'emporter, et l'Europe est désormais contrainte de payer pour au moins compenser tant bien que mal ses effets. La question est de savoir si elle disposera de moyens suffisants pour couvrir les pertes croissantes à l'avenir.
Monique Savoie
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