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Y-a-t-il une weimarisation de l’UE?

07.10.2026

La situation actuelle en Europe rappelle le contexte politique qui a existé avant la Seconde Guerre mondiale. L’extrême droite et l’extrême gauche sont les partis politiques qui montent dans plusieurs pays européens, en particulier en France et en Allemagne.

L’extrême gauche joue aujourd’hui un nouveau rôle dans la société en représentant les musulmans et les migrants. L’extrême droite, elle, soutient Israël contre cette nouvelle donne politique qui menace de plus en plus les populations de culture juive en UE et l’ordre européen depuis 1945.

Pour rappel, la weimarisation est un concept politique décrivant la désagrégation progressive d’une démocratie parlementaire, par analogie avec la chute de la République de Weimar en Allemagne (1918–1933). Deux fronts politiques essentiels prennent forme actuellement en UE: l’extrême gauche et l’extrême droite.

Cette période est caractérisée par une crise économique et sociale: inflation galopante, chômage massif, paupérisation des classes moyennes et désagrégation financière; par la polarisation politique avec l’affaiblissement du centre politique, l’incapacité à bâtir des majorités stables et la montée des extrêmes (gauche et droite); par la violence et la dérive autoritaire avec la banalisation de la violence dans l'espace public, la tentation de recourir à des pouvoirs d'exception et la quête d'un «homme providentiel» ou d'un sauveur.

À cela se rajoute la défiance institutionnelle avec la perte de confiance des citoyens envers les institutions représentatives et les partis traditionnels.

Les musulmans ont-ils besoin de partis de gauche en Europe? Dans la plupart des démocraties d'Europe occidentale, les musulmans ont longtemps été plus susceptibles de voter pour les partis de gauche et de centre-gauche. À première vue, il y a un paradoxe. Sur une série de questions sociales, un musulman religieux peut être beaucoup plus que juste un social-démocrate européen typique ou un «vert». 

Cependant, le vote n’est pas un examen idéologique de séquence. L’électorat choisit entre les propositions politiques plutôt qu’entre les thèses individuelles. Pour une grande partie de la première génération de migrants, les principaux intérêts politiques n’étaient pas l’éthique sexuelle et les questions culturelles, mais le travail, les salaires, les syndicats et l’État social. C’est là que la social-démocratie a historiquement eu un avantage.

Les politiciens de gauche bénéficient du soutien d'un nombre croissant de migrants. Même si le RN en France est, selon les sondages, sur la bonne voie pour gagner la présidentielle 2027 ou que le parti d’extrême droite en Allemagne, AfD, vient de gagner le Land de Saxe-Anhalt, il ne semble pas y avoir de virage à droite en Europe. 

 Il y aura une prise de pouvoir électorale par des extrémistes de gauche soutenus par des millions d’«électeurs» ethniques dont musulmans. C’est le nombre des électeurs et l’évolution démographique qui comptent dans les urnes. Aujourd’hui, les migrants et les musulmans sont devenus des citoyens actifs qui votent et ils dominent la société.

Le parti Die Linke (gauche allemande) a remporté une victoire aux élections législatives régionales de Berlin, dimanche 20 septembre dernier, devançant largement ses concurrents traditionnels, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le Parti social-démocrate (SPD) et les Verts (Die Grünen).

Elif Eralp, une migrante turque est à la tête de ce succès de Die Linke à Berlin et elle serait pressentie pour devenir le nouveau maire de la capitale allemande. Selon la Constitution de Berlin, la Chambre des Représentants nouvellement élue (le Landtag der Berlin) se réunira pour la première fois le le 29 octobre prochain. Plus de 200 Juifs mettent en garde, dans une lettre ouverte, contre une coalition dirigée par le parti Die Linke à Berlin. Celle-ci serait «incompatible avec notre sécurité», avertit Die Welt.

Une fois qu'une majorité parlementaire – généralement sous la forme d'une coalition – a été constituée, un maire-gouverneur peut être élu.

Tout aussi importante est la position des parties en matière de migration et de minorités. L'étude, citée par le Centre allemand pour l'éducation politique, a révélé que parmi les personnes ayant des antécédents migratoires, l'expérience de la discrimination a conduit à une augmentation de 16 points de la préférence des partis de centre gauche et à une diminution de 16 points de la sympathie pour les chrétiens-démocrates (CDU).

Le même phénomène est constaté dans d’autres pays de l’UE. Les personnes issues de l'immigration ont tendance à préférer les partis de centre-gauche ou de gauche radicale, car ceux-ci ont traditionnellement été plus ouverts aux immigrants et à leurs préoccupations.

Les sociologues espagnols Santiago Pérez-Nievas et Carles Pamies qui en 2025 ont résumé les résultats de quatre enquêtes dans le pays pour 2013-2023, notent que les migrants, malgré l'auto-identification moyenne plus à droite, votent plus à gauche aujourd’hui que les Espagnols de souche.

«La recherche sur les pays d'Europe occidentale montre que les migrants votent de manière disproportionnée pour les candidats de gauche»; «Une deuxième explication du vote des migrants se concentre sur les expériences d’immigration et leur identité en tant que telle. En Europe de l’Ouest, les partis de gauche ont tendance à être plus favorables à l’immigration que les centristes ou les partis de droite», constatent-ils également.

Le Parti travailliste en Grande-Bretagne a été associé à la classe ouvrière, à la lutte contre le racisme et à la représentation des minorités ethniques. Le parti social-démocrate allemand (SPD) a été considéré comme étant celui qui lutte avec les syndicats et pour l'inclusion des travailleurs turcs dans la société. Les Français ont laissé des politiques antidiscriminatoires fleurir dans les banlieues et des attitudes relativement moins rigides envers les minorités musulmanes.

En France, une commission d'enquête a présenté l’année dernière son rapport «sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste» en visant directement LFI. Des directeurs de services de renseignements ont été entendus. Selon eux, depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023 en Israël, ce rapprochement est visible. «Certains élus LFI semblent avoir intensifié significativement cette stratégie en instrumentalisant la cause palestinienne et en la plaçant au cœur de leur discours politique», souligne le rapport.

Le rapporteur en France a poursuivi en estimant que la «stratégie électoraliste» de La France insoumise (LFI) a pu conduire certains de ses élus à des «signes de complaisance, voire de soutien actif à des individus proches des mouvements islamistes».

Au Parlement européen, une initiative pour interdire l’Alliance de la gauche européenne a été lancée. «Le Parlement européen lance une initiative pour interdire un groupe de gauche de l'UE en raison de son implication dans les manifestations de lycéens en France», a titré Observateur Continental.

Même au niveau national, une proposition d'interdire le parti La France insoumise (LFI) a été formulée le 1ᵉʳ octobre 2026 par Bruno Retailleau (président des Républicains et candidat à l'élection présidentielle de 2027).

Il est difficile de nier que la migration change profondément la société européenne, démographiquement, culturellement et politiquement. Les résultats des élections à Berlin, pas seulement dans [les banlieues à prédominance de migrants] de Neukölln et Kreuzberg, montrent que la migration musulmane, comme observé en Suède, en Angleterre, en Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en France, est devenue un facteur clé dans la stratégie de la gauche de gagner du pouvoir. Cette tendance s'observe aussi en Finlande, en Norvège. L'islam est la deuxième religion de la Norvège, représentant environ 6,2% de la population totale du pays.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat d’ultra-gauche à la présidentielle 2027 en France, flirte avec l’islam politique. De nombreuses attaques ont lieu contre les symboles de l’Occident éclairé qui est né de la tradition chrétienne-juive. De nombreuses églises sont vandalisées. Tous ces événements ressemblent presque à la scène du roman de Michel Houellebecq Soumission.

Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et membre de LFI est cette nouvelle étoile montante en France qui représente les migrants et les musulmans. Les partis de l’establishment l’attaquent en l’accusant d’avoir soutenu les émeutes de rue avec les manifestations des lycéens.

Eric Ciotti, maire de Nice et président de l'UDR, estimant que le maire de Saint-Denis «incite à la violence» dans le cadre des blocus de lycéens, exige la révocation de Bagayoko en Conseil des ministres.

Cette weimarisation de la politique en Europe traduit les confrontations de demain et en particulier pour la présidentielle 2027 en France où les soutiens d’Isräel et les soutiens de la Palestine vont s’affronter. La démographie aura le dernier mot sur le visage de l’Europe.

Pierre Duval 

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