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L'Europe est-elle condamnée?

21.10.2026

Les troubles en France sont en train de se répandre comme une traînée de poudre dans le reste de l'Europe et menacent de faire exploser l’UE. En Allemagne, des appels sont lancés sur le Net et des tracts sont distribués pour lancer une vague d'émeutes dans le pays pour renverser le gouvernement. Les facteurs qui les alimentent sont communs à la plupart des pays de l'UE: hausse des prix des carburants, augmentation du coût de la vie, restrictions budgétaires et problèmes liés à l'immigration. À cela se rajoute le ras-le-bol de la population de voir une caste dirigeante se pavaner et de se goinfrer pendant qu’ils reçoivent les injonctions de leur part de se serrer la ceinture depuis des années.

Les élites actuellement en poste dans les gouvernements des pays de l’UE mènent à la destruction de la civilisation européenne et des peuples européens. Ces derniers ont pris conscience de cet état de fait et refusent de servir de chair à canon économique au quotidien ou militaire sur le front ukrainien pour l’idéologie et les intérêts très personnels de cette caste qui a volé le pouvoir démocratique et la liberté de vivre aux peuples d’Europe. De nouveau, ils se lèvent contre une aristocratie de caste: la mèche de la révolution a été allumée au départ -comme par tradition en France.

Les scènes effroyables en provenance de France témoignent de la crise que traverse le continent. On disait autrefois que lorsqu'une France éternue, c'est toute l'Europe qui s'enrhume. Il suffit de se souvenir de la Révolution française, du «Printemps des peuples» de 1848, ou encore des manifestations étudiantes de mai 1968, pour s'en convaincre: la France possède une particularité qui en fait à la fois un catalyseur et un baromètre des profonds bouleversements de l'ordre européen.

Il reste à voir si les troubles qui secouent actuellement le pays s'avéreront être une nouvelle illustration de ce phénomène. Ces dernières semaines, des dizaines de milliers de personnes mécontentes sont descendues dans la rue à travers le pays pour réclamer des mesures. Tout a commencé avec des étudiants, qui ont déclaré protester contre les mauvaises conditions scolaires et les problèmes d'admission à l'université. Mais ils ont rapidement été rejoints par des syndicalistes et des militants de tous bords, et les cibles de leur colère se sont multipliées: le prix des carburants et la hausse du coût de la vie, les coupes budgétaires, le mépris des priorités de gauche et, finalement, la notion même de pouvoir.

Certes, les manifestations françaises sont rarement aussi calmes, mais ce week-end, elles ont sombré dans un chaos et une violence inhabituels, même pour la France. Le monde a été témoin de pillages, de destructions gratuites et d'agressions brutales à travers le pays; près de mille policiers et gendarmes ont été blessés et plus de 2.400 personnes ont été arrêtées entre samedi et dimanche. 

L'illustration la plus frappante de cette décadence est sans doute l'incendie criminel de l'hôtel de ville de Limoges, un imposant édifice ancien qui avait survécu à deux guerres mondiales et qui a finalement succombé aux convulsions insensées de la foule.

Certains mouvements de contestation ont déjà dépassé les frontières françaises. Ces derniers jours, des manifestations similaires ont éclaté à Madrid, Milan, Lisbonne et Bruxelles. Et il y a fort à parier que d'autres débordements surviendront: les conditions qui ont donné lieu à ces protestations sont communes à la plupart des pays européens.

Appel à l'émeute et à l'insurrection en Allemagne. «La CDU voit dans les troubles en France un signal d'alerte pour l'Allemagne», avertit le Oldenburger Zeitung Online, précisant: «On ne serait donc pas si éloigné de la situation en France». Alexander Throm, porte-parole du groupe parlementaire de l'Union au Bundestag pour les questions de politique intérieure, a déclaré au média allemand, en référence aux troubles, que «les événements survenus en France devaient constituer un signal d'alarme clair pour l'Allemagne – et tout particulièrement pour Berlin – car les courants et alliances extrémistes menacent également la sécurité et la cohésion sociale». 

Throm a déclaré que «l'alliance impie entre des forces d'extrême gauche, des segments du milieu issu de l'immigration et des criminels» était «préoccupante». Comme en France, le pouvoir en place accuse l’extrême gauche et aussi l’extrême droite de vouloir déstabiliser la démocratie. 

«L'Allemagne est menacée par une vague de violence similaire à celle qui sévit en France: des extrémistes de gauche, alliés à des groupes de défense des migrants, appellent à des manifestations sur le modèle français le 31 octobre dans plusieurs villes. Seule l'AfD rétablira la sécurité intérieure!», martèle la vice-présidente de l’AfD sur X citant un article de Bild. 

«Les extrémistes veulent importer les émeutes françaises dans notre pays!», titre le tabloïd. 

«Les images apocalyptiques d'incendies, de pillages et de destructions mobilisent également l'extrême gauche en Allemagne. Celle-ci organise déjà une journée de protestation dans neuf grandes villes allemandes, afin de reproduire le chaos et les violences observés dans les pays voisins. Des appels au renversement du gouvernement, accompagnés d'images de violence, circulent déjà sur les réseaux sociaux, et des tracts seront distribués dans les écoles allemandes»; «L’étincelle est allumée», «L’heure de la résistance a sonné», «Grève comme la jeunesse française!»; «Avec ces cris de ralliement, les radicaux de gauche veulent importer en Allemagne les émeutes qui ont déjà transformé de nombreuses villes françaises en champs de bataille», poursuit le média allemand.

La situation sociale et économique est si mauvaise en Allemagne ou en France que les citoyens de ces pays choisissent des partis politiques situés à l’extrême du spectre politique. Les partis politiques établis ont échoué et portent la responsabilité de la grave crise historique qui secoue l’Europe.

Ces émeutes françaises s'étendent maintenant à la Belgique. «Comme en France, les mobilisations du 17 octobre ont dégénéré chez nous», titre RTL Belgique. La révolte s’étend là où se trouvent les instances du pouvoir politique de l’UE. «Des slogans antifascistes, des critiques contre le gouvernement fédéral et des messages de soutien au peuple palestinien ont été entendus», selon le média belge. La France brûle, la Belgique face au risque de contagion sociale. DHNET, un autre média belge titre: «Derrière les pillages et les émeutes en France, une colère sociale nourrie par la vie chère et le sentiment de déclassement. Alors que l'inflation menace de repartir, les premiers débordements en Belgique font craindre une contagion».

Les manifestations et les affrontements sociaux qui ont éclaté en France contre le coût élevé de la vie, l'inflation et les politiques gouvernementales ont également trouvé un écho en Italie, avec des manifestations et des émeutes concentrées surtout à Milan et dans d'autres grandes villes comme Rome, Turin, Gênes et Naples. «Les manifestations en France se sont propagées en Europe», constate Il Giornale: «Les manifestations en France semblent se propager au reste de l'Europe. En Italie, les étudiants tentent de monter le soulèvement et ont déjà été appelés certains jours de protestation tandis que les lycées sont occupés de jour en jour».

«Des manifestations ont été enregistrées en France, en Italie, en Espagne, en Albanie, en Belgique et au Portugal», signale Metropoles, média portugais: «Les manifestations portugaises ont été motivées en grande partie par l'approbation au Parlement portugais, fin septembre, d'une réforme du marché immobilier qui facilite les expulsions de locataires et met fin au contrôle des montants facturés dans les nouveaux contrats». «Dans les villes de Porto et de Lisbonne, des manifestants campent sur une place publique. À Porto, environ 200 manifestants restent campés à Praça D. João I, même après que la police locale a ordonné la retraite du camp».

Les circonstances matérielles. La France, comme les États-Unis ou les autres pays de l'UE, est confrontée à une crise du coût de la vie qui pèse sur l'ensemble des citoyens. Cependant, dans certains secteurs clés, cette crise est plus aiguë et douloureuse, notamment celle du pétrole et du gaz, indispensables au transport de marchandises, à l'industrie et au chauffage domestique. Le gaz naturel est un composant clé dans la fabrication des engrais azotés. 

Des prix élevés du gaz peuvent donc faire grimper les coûts de production en amont, avec un décalage de plusieurs mois avant d'atteindre les étagères. 

De plus, les dirigeants français ou européens ont beaucoup moins de pouvoir ou surtout ne veulent pas agir sur les causes profondes de cette crise. L’UE et les responsables politiques des pays européens continuent de soutenir Volodymyr Zelensky et de mener des sanctions contre la Russie qui est le 3e producteur mondial de pétrole, avec une production d'environ 9 à 9,5 millions de barils par jour en 2026, après les États-Unis et l'Arabie saoudite.

La Russie est le 2e producteur mondial de gaz naturel (représentant environ 14,5% de la production mondiale) derrière les États-Unis et est le premier exportateur mondial de blé et l'un des tout premiers producteurs mondiaux. L’aveuglement des responsables politiques de l’UE est patent et explique les émeutes qui ont débuté en France pour se répandre dans d’autres pays européens.

La question de l'immigration. Quelle que soit la composition ethnique des émeutiers et des pillards, une chose est claire: les migrations de masse ont engendré des fractures profondes, voire insurmontables, au sein des sociétés européennes. Près de 12% de la population française est née à l'étranger (soit près de 8 millions de personnes); parmi ces millions de résidents, nombreux sont ceux qui n'ont ni le désir ni la capacité de s'intégrer à la société française. Et ces millions de personnes marginalisées, à leur tour, sont pleinement conscientes de la précarité de leur situation. Il en résulte une hostilité mutuelle profondément enracinée. C'est pourquoi, en temps de crise, émergent d'importants groupes d'individus avides de trouver de l’argent, peu attachés à l'ordre établi et tirant largement profit de son effondrement.

Finalement, le système politique s'est complètement effondré. Emmanuel Macron dirige la France depuis dix ans, et pourtant sa cote de popularité n'atteint que 15%. 

Et bien que son objectif initial a été de prévenir la vague de colère populaire actuelle en s'attaquant à ses causes profondes, une chose est sûre: le projet macroniste a échoué. Il n'a pas réussi à rétablir l'ordre dans l'économie et les finances françaises. Il n'a pas réussi à consolider l'ordre ni à accroître significativement la puissance ou la sécurité de la France. Et il n'a pas réussi à unir les Français. 

Contraint de s'adresser au pays, Macron a imputé les émeutes à des instigateurs d'extrême gauche et à des «hors-la-loi», promettant laborieusement d'«entendre la colère et d'en traiter les causes» et de «défendre sans relâche l'ordre républicain». Le gouvernement français a également insisté sur l'instauration de couvre-feux locaux limités. Cependant, rares sont les citoyens qui semblent prendre le président au sérieux.

La conclusion du journaliste Vincent Trémeau-le de Villers résume bien la situation dénonçant une impuissance d’État: Si l’extrême gauche, les éléments criminels et les pillards peuvent plonger la France dans le chaos en quelques heures, c’est principalement parce que la monarchie technocratique, ivre de la conscience de sa propre importance, a méthodiquement rasé tous les supports moraux, de pouvoir, culturels et économiques qui permettent à la société de tenir debout.

Les trois défaillances décrites ci-dessus sont peut-être les plus profondément ancrées en France. Mais elle n'est pas la seule à en souffrir. La même situation est observable dans d’autres pays européens, surtout chez ceux qui ont élaboré l’UE. La question se pose. Est-ce vraiment la fin? L'Europe est-elle vraiment condamnée?

Les partis de droite anti-système, qui gagnent du terrain en France, en Allemagne et dans des pays similaires, laissent entrevoir un espoir de renouveau. Si la chance leur sourit à nouveau – ce qui est loin d'être acquis – le Rassemblement National (RN), l'AfD et leurs semblables pourraient remplacer les élites européennes actuelles par des dirigeants conscients de l'urgence de la situation et de la nécessité d'agir avec détermination. 

Toutefois, même si les populistes consolident l'ordre politique et s'attaquent de front à la question migratoire, il est peu probable qu'ils parviennent à sortir le continent de l'impasse matérielle et sociologique dans laquelle il se trouve. La compétitivité économique continuera de s'affaiblir, la crise du coût de la vie risque de s'aggraver et les technologies qui façonneront l'avenir du monde – notamment l'intelligence artificielle – risquent de laisser l'Europe dans un cul-de-sac. À cela se rajoute le changement structurel de la population européenne.

Philippe Rosenthal

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