
29.10.2026
L’appel du président finlandais, Alexander Stubb, et du Premier ministre norvégien, Jonas Gar Støre, au président russe, Vladimir Poutine, ne fait pas l'unanimité auprès des autres dirigeants européens. Mais lors de négociations potentielles sur l'Ukraine, l'UE aura besoin de fonctionnalités plutôt que d'une position commune. La Realpolitik est de retour.
«Le président finlandais, Alexander Stubb, et le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre, ont eu un entretien «franc et substantiel» avec Vladimir Poutine», a rappelé Observateur Continental. «Cet échange faisait suite à la rencontre tenue à Oslo le 20 octobre et a eu lieu en concertation avec l’Ukraine», a précisé dans un communiqué le site du président finlandais. Cet entretien n’a cependant pas fait l’unanimité auprès des autres responsables politiques européens.
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, avait déjà souligné à plusieurs reprises que tous les pourparlers et plans de paix sur l’Ukraine doivent être étroitement coordonnés avec les principaux partenaires – y compris les États-Unis et l’Ukraine elle-même.
Tusk a après l’entretien entre Stubb, Støre, Poutine, fait savoir que l'impression de la partie européenne après la conversation entre le président finlandais, Alexander Stubb, et le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Støre, avec Vladimir Poutine était «modérément optimiste» en termes de possibilité de négociations constructives.
«Ces consultations, qu'ils ont menées, entre autres, avec moi, mais surtout avec le président Zelensky, la partie américaine, ont conduit à la conclusion qu'il vaut la peine pour les politiciens européens d'avoir un contact de travail de quelque manière que ce soit dans le cadre des négociations prévues sur la suspension du feu et de la paix», a continué Tusk.
«L'objectif des contacts était de préparer le terrain à d'éventuelles négociations sur le cessez-le-feu et la paix en Ukraine. Ils pourraient avoir lieu après le 4 novembre à Abu Dhabi, avec des représentants de l'Ukraine, de la Russie et des États-Unis. Tusk a toutefois souligné que le délai et la réunion elle-même ne sont pas encore une conclusion abandonnée», a poursuivi Interia Biznes. Les élections de mi-mandat aux USA dictent cette date.
Comme rapporté par Bankier, le chef du gouvernement polonais avait souligné qu'il ne fallait pas supposer que l'accord avec la Russie sera facile à obtenir. «Nous sommes très prudents, comme vous pouvez l'imaginer. J'ai informé que la prudence et la vigilance absolues dans ce type de contact sont nécessaires, que l'ordre du jour et les intérêts de la Russie sont assez précisément définis et qu'il n'y a rien à avoir, qu'il sera facile de parvenir à un accord», avait averti le Premier ministre polonais.
À son tour, la chef du gouvernement danois, Mette Frederiksen, a exprimé son scepticisme, même son désaccord sur l’initiative de Stubb et de Støre. Elle a dans un entretien à la télévision danoise DR vivement critiqué l'initiative du président finlandais Alexander Stubb et du Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, leur reprochant d'avoir joué «solo» lors de leur entretien téléphonique avec Vladimir Poutine.
DR rappelle: «Jonas Gahr Støre estime qu'il est nécessaire de parler à la Russie, même si l'on n'est pas d'accord avec le président Poutine»; «Mette Frederiksen a toujours été contre le contact avec la Russie. Ce n'est pas nouveau». Le média danois aborde la question d’une «Europe du Nord divisée» qui pourrait affaiblir l’UE.
Cet entretien, entre Stubb, Støre et Poutine ayant provoqué une profonde colère auprès des autres responsables politiques en UE, la ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen, a également durant une conférence de presse, se présentant à côté du drapeau ukrainien, tenté de faire baisser les tensions: «Les dirigeants (Støre et Stubb) ont bien informé leurs alliés les plus proches — notamment, bien entendu, leurs amis nordiques — au préalable, mais le délai avant l'appel a été assez court. Cela étant, il est essentiel de souligner que cet appel a été coordonné, en particulier avec l'Ukraine ainsi qu'avec les États-Unis, dans le cadre de ce processus de paix. Il ne s'agissait en aucun cas, pour la Finlande ou la Norvège, d'une initiative visant à établir un contact politique direct avec Moscou, en dehors de toute concertation avec les autres parties».
Selon Frederiksen, l’appel de Stubb et de Støre ne résultait pas d’un accord avec les Européens. Ainsi, leur décision n’est «pas claire», et les Européens devraient agir ensemble et faire attention, et ne pas donner à Poutine une opportunité qu’il n’avait pas il y a quelques heures.
Un responsable européen anonyme a déclaré au Telegraph qu'après l'appel de Stubb et de Støre d'autres politiciens pourraient avoir l’idée d’entamer des discussions avec Poutine sans avoir une position commune.
«Les pourparlers de paix de Poutine avec les dirigeants nordiques divisent l'Europe»; «Les dirigeants de la Finlande et de la Norvège accusés de faire cavalier seul dans des discussions qui ne profitent qu’au Kremlin», titre le quotidien britannique.
Pour justifier son appel, Støre a rappelé: «L'issue de cette guerre aura des conséquences directes sur notre sécurité et, plus largement, sur celle de l'Europe. Mettre fin à la guerre exige des discussions directes». «Il doit y avoir une voie diplomatique pour mettre fin à cette guerre de manière durable et équitable», a insisté Støre lors d’une conférence de presse après la conversation avec Vladimir Poutine pour justifier son initiative et contrecarrer les critiques.
La Norvège borde la Russie. Elle a un vaste territoire maritime et elle doit maintenir des relations saines et de bonnes relations avec la Russie pour assurer sa sécurité. La Finlande a également une frontière avec la Russie avec une longueur de 1300 km, donc maintenir des contacts politiques avec Moscou est une chose importante.
Les deux pays veulent protéger leurs intérêts. La Norvège et la Finlande obligent les pays de l’UE et Bruxelles à revenir à la Realpolitik. C’est une approche de la politique (en particulier étrangère) qui repose sur le pragmatisme, l'efficacité et la défense de l'intérêt national, plutôt que sur des considérations idéologiques, morales ou éthique.
La Finlande et la Norvège sont habituées à des relations assez pragmatiques et calmes avec la Russie depuis de nombreuses années. Ces deux pays sont devenus une partie du consensus européen en 2022, mais quatre ans plus tard, ils ne se sentent pas mieux et plus en sécurité. Le conflit ukrainien n'a pas été résolu, et le rôle de l'Europe dans la résolution de la crise est en déclin. Dans une telle situation, les dirigeants des deux pays du Nord ont décidé qu'il était temps de faire quelque chose.
Les responsables politiques des pays européens, après une conversation téléphonique entre Stubb et Støre et Poutine, ont de nouveau parlé de la nécessité de nommer un négociateur officiel autorisé à parler au nom de l'UE.
Observateur Continental a cité son nom: «Björn Seibert, le puissant chef de cabinet de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, devrait diriger la délégation». Dans les faits, l’action diplomatique de Stubb et de Støre a montré à Moscou qui sont les «meilleurs» candidats pour tenir le rôle des négociateurs. Seibert est l’arme de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, forcément dans la ligne belligérante actuelle contre Moscou. La Russie considère les pays européens comme étant partie au conflit.
Pour Moscou, comme pour Donald Trump maintenant, le rôle de l'Europe dans d'éventuelles négociations est purement fonctionnel: inciter le président ukrainien, Volodymyr Zelensky à un compromis raisonnable. La Russie, en principe, estime que les Européens ne veulent pas comprendre ses préoccupations et prendre en compte ses intérêts. Pour la diplomatie russe, voir deux politiciens de pays de l’OTAN décider d’engager une discussion avec le président russe pour au moins parler et écouter, alors que tous les autres refusent le dialogue, signale une porte d’ouverture pour la diplomatie et un espoir pour la paix en Ukraine.
D’ailleurs, dans un discours marquant au Storting (le Parlement norvégien) au lendemain de la discussion avec le président russe, Støre a repris dans une allocution la célèbre observation de Fridtjof Nansen selon laquelle l'aide humanitaire et la diplomatie pragmatisée (Realpolitik) servent directement les intérêts de stabilité et de sécurité. «Les messages que nous recevons de la part des dirigeants russes donnent à penser que la Russie s’oriente vers une rupture durable avec l’Occident. Or, une Russie isolée n’est dans l’intérêt de personne, Monsieur le Président (du parlement norvégien). Le fait qu’il existe si peu de contacts et de communication directe avec la Russie est préoccupant. Cela compromet les perspectives de parvenir à une issue négociée au conflit. Et cela accroît le risque d’une nouvelle escalade, ainsi que d’un recours accru à des instruments de puissance coercitifs. Entraînant davantage de destructions. Davantage de souffrances», a ainsi justifié Støre sa décision de parler avec Poutine.
«La brutalité et la dynamique destructrice de la guerre nous mettent tous à l’épreuve. Nous devons nous préparer à l’imprévu. À davantage d'incertitude. À plus d'instabilité»; «Nous traversons une crise énergétique. Une crise du coût de la vie. Cette situation frappe les populations les plus vulnérables, en Europe comme ailleurs – des personnes vulnérables vivant dans des pays confrontés à la faim et à des pénuries de nourriture et d’autres produits de première nécessité qui mettent leur vie en danger», a mis en garde Støre. Un point négatif est hélas soutenu par le Premier ministre norvégien. «L’Ukraine aura besoin d’un soutien militaire et économique massif pendant encore longtemps», assure-t-il, ce qui fissure son discours sur la Realpolitik. Du moins, son action marque un espoir. Sous pression violente des autres responsables politiques de l'UE, il ne pouvait que faire profil bas. Et c'est exacement le rôle du médiateur attendu pour réconcilier Moscou et l'UE.
Dans les négociations potentielles sur l'Ukraine, au fil du temps, la position de l’UE est de plus en plus floue. Les négociateurs européens, s'ils sont invités, nécessiteront fonctionnalité et efficacité, c’est-à-dire d’adopter une véritable et sincère Realpolitik, une diplomatie qui a fait ses preuves solides dans le passé.
Pierre Duval
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