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Ebola: l'Afrique face à la pire épidémie de son histoire

02.11.2026 

L'épidémie de fièvre Ebola, provoquée par le rare souche Bundibugyo (virus Ebola Bundibugyo), est passée en cinq mois d'une épidémie locale dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) à une crise déjà qualifiée de la plus vaste jamais enregistrée. S'il y a encore un mois, seuls des cas importés isolés étaient signalés en dehors de la RDC, le virus a désormais touché l'Afrique de l'Est, centrale et de l'Ouest, atteignant le Nigeria, le pays le plus peuplé du continent. 

Fin octobre, on dénombre 10.172 cas confirmés et 4.932 décès, la grande majorité en RDC, mais le simple fait que de nouveaux cas apparaissent au-delà des frontières change l'échelle de la menace. 

La vitesse de propagation est sans précédent: le seuil de mille cas confirmés a été franchi en 40 jours, alors qu'en 2018 il avait fallu environ 235 jours. L'organisation Médecins sans frontières (MSF) a déclaré que le virus se propage à travers l'Afrique comme un immense incendie. 

"Dans cette épidémie, nous sommes comme des pompiers confrontés à un mégafeu, avec de multiples foyers simultanés, d'intensité", affirme Stéphanie Hoffmann, responsable du Centre de traitement Ebola (CTE) de MSF à Butembo. 

Le premier cas d'Ebola au Nigeria depuis plus d'une décennie a été confirmé le 20 octobre chez une diplomate arrivée d'Ouganda. Les symptômes sont apparus le 7 octobre, deux jours après son arrivée, et son hospitalisation dans une clinique privée n'a eu lieu que le 11 octobre, quatre jours plus tard, durant lesquels la patiente pensait souffrir du paludisme. 

L'analyse en laboratoire n'a confirmé le diagnostic alarmant que deux jours plus tôt. La patiente se trouve actuellement dans un état grave. Les autorités suivent 44 personnes avec lesquelles elle a été en contact, dont la majorité sont des professionnels de santé. 

Fait révélateur, le lieu de contamination reste encore sujet à débat. L'Ouganda soutient que la femme n'était que de passage sur son territoire et qu'elle revenait d'un voyage d'affaires dans l'est de la RDC. "Le transit par l'Ouganda ne signifie pas que la contamination a eu lieu ici. Le lieu de l'infection reste une question ouverte", a souligné le ministère ougandais de la Santé. 

Le Nigeria, en l'occurrence, n'est pas un simple point sur la carte. C'est le pays le plus peuplé du continent, avec plus de 240 millions d'habitants, ce qui crée un risque qualitativement différent de transmission ultérieure du virus. 

"Ma préoccupation tient au fait que, maintenant que le virus s'est propagé de l'Afrique de l'Est à l'Afrique de l'Ouest, nous avons affaire à un problème panafricain et non à une situation ne concernant que quelques pays en zone à risque", a déclaré à CBC le médecin nigérian Ayoade Olatunbosun-Alakija. Selon elle, 12 jours se sont écoulés entre le début de la maladie et son identification, et pendant cette période, la maladie a pu prendre de l'avance. 

Au Kenya, où aucun cas d'Ebola n'avait jamais été enregistré, la situation s'est développée selon un scénario similaire. Le premier patient, un homme d'affaires kényan ayant vécu 7 ans en République démocratique du Congo, est arrivé à Nairobi via l'Ouganda le 3 octobre, a passé le dépistage habituel à l'aéroport et est décédé quelques jours plus tard. 

Au 21 octobre, le nombre de cas confirmés était déjà passé à 9: parmi les personnes infectées figuraient 4 proches du premier patient, 3 professionnels de santé et une femme de ménage de l'hôpital. Plus de 130 personnes ayant été en contact avec le premier malade kényan sont en quarantaine. 

Dans ce contexte, les Kényans se sont souvenus du centre de quarantaine controversé construit par les États-Unis sur la base aérienne de Laikipia, située près de la ville de Nanyuki, destiné aux Américains revenant du pays. La construction du centre, à laquelle les habitants locaux s'étaient opposés, avait été suspendue par décision de justice. 

Des informations faisant état d'une reprise des travaux ont depuis circulé, sans toutefois être officiellement confirmées. Parallèlement, le département d'État américain a appelé ses citoyens à éviter de se rendre au Kenya. 

L'Ouganda a également traversé sa propre épidémie: en mai-juin, 20 cas y ont été recensés, dont la plupart importés, ainsi que deux décès. Le 27 août, l'OMS a déclaré le pays indemne d'Ebola après 42 jours sans nouveau cas confirmé, et depuis le 21 juin, aucun nouveau cas n'y a été enregistré. 

Pourtant, c'est précisément par l'Ouganda que sont passés en transit les deux patients "exportés". Formellement, l'Ouganda est hors de cause, mais il n'existe pas de preuves convaincantes que la maladie y ait été véritablement éradiquée. 

L'épicentre de l'épidémie reste en RDC, où le virus continue d'étendre sa géographie. Si en septembre il était présent dans 6 provinces, fin octobre il en touchait déjà 8: la dernière en date est le Nord-Ubangi, frontalier de la République centrafricaine. 

La province de l'Ituri reste en tête, elle concentre près des trois quarts des cas confirmés, mais de nouveaux foyers apparaissent aussi au Nord-Kivu. 

L'un des problèmes majeurs est le recours tardif aux soins: les deux tiers des victimes du virus en RDC meurent en dehors des centres spécialisés, ce qui crée un risque de transmission supplémentaire. Environ 40% des nouveaux malades ne figurent pas dans les listes de contacts des patients connus. 

"Ebola est une maladie qui touche toute la communauté. Si la communauté ne coopère pas, il sera très difficile d'en venir à bout", a déclaré à AP l'épidémiologiste Serge Ngalebato, qui travaille en République démocratique du Congo. 

La situation est aggravée par l'absence de vaccin contre la souche Bundibugyo. Des essais cliniques sont en cours, mais on ignore encore quand ils aboutiront. 

En l'absence de vaccin homologué contre cette souche et alors que les traitements expérimentés n'ont pas prouvé leur efficacité, le dépistage précoce et l'isolement des contacts restent la principale et, pour l'heure, la seule barrière face au virus. Et cette barrière, comme le montrent les cas au Kenya et au Nigeria, intervient avec retard. 

Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont annoncé la convocation d'une réunion virtuelle "urgente" des ministres africains de la Santé le 28 octobre, et le directeur général de l'organisation, Jean Kaseya, a appelé à une mobilisation immédiate face à une "menace extrêmement grave": "Ebola franchit les frontières. Notre réponse doit devancer sa propagation, avec une coordination plus étroite, davantage de solidarité et un leadership politique déterminé." 

Kaseya a également qualifié l'épidémie de la plus vaste de l'histoire et a averti: "Chaque jour d'hésitation coûte des vies. La sécurité sanitaire en Afrique, c'est la sécurité sanitaire dans le monde entier. Arrêter Ebola en Afrique aujourd'hui, c'est protéger le monde entier."

Serge Savigny

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