
10.09.2025
En Türkiye, le Parti républicain du peuple (CHP), parti politique turc, de type républicain, social-démocrate, nationaliste et laïc, créé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, est la principale force d’opposition à Erdogan et son nouveau leader politique menace de déstabiliser le pouvoir d’Erdogan. L’opposition à Erdogan dénonce une tentative de coup d’État contre le CHP ce qui annonce des tensions sérieuses à l’intérieur du pays.
La cellule la plus puissante (à Istanbul) du CHP est passée sous le contrôle de l'administration intérimaire (kayyım). La justice doit bientôt statuer sur la destitution du chef du CHP, Özgur Özel. Il pourrait devenir un rival sérieux d'Erdogan lors des prochaines élections présidentielles de mai 2028. Özgur Özel était soutenu par l'homme politique le plus populaire du parti, le maire d'Istanbul, Ekrem İmamoğlu qui ne peut se présenter aux élections car emprisonné depuis cet été. Le 16 juillet dernier Ekrem Imamoglu, le principal opposant du président Erdogan, a écopé de 1 an et 8 mois de prison.
Hier, le président du Parti républicain du peuple (CHP), Özgür Özel, a, selon le quotidien turc Independent Türkçe déposé une gerbe au monument d'Atatürk à Taksim dans le cadre des célébrations du 102e anniversaire de son parti. Il était accompagné du président provincial du CHP d'Istanbul, Özgür Çelik.
Independent Türkçe a rapporté la déclaration de Özgur Özel: «Avec Özgür Çelik, nous avons rendu hommage à nos défunts dirigeants du parti, Altan Öymen et Erdal İnönü, sur leurs tombes. Nous leur avons rendu hommage avant d'arriver ici. Je tiens à vous exprimer mes sentiments en voyant la place Taksim et vous tous»; «Toute la Turquie a été témoin hier d'un coup d'État contre le parti fondateur du pays, son siège provincial à Istanbul, orchestré par le Parti de la justice et du développement (AKP) (Parti d’Erdogan), et a vu ceux qui l'ont perpétré avec 5000 policiers», a-t-il dénoncé. «Si vous tenez votre autorité du pouvoir judiciaire de l'AKP, vous avez besoin de 5000 policiers. Mais si vous tenez votre autorité du peuple, vous viendrez à la place Taksim. 5000 membres du parti vous accueilleront», a-t-il lancé, précisant: «Le Parti républicain du peuple (CHP) est un, uni, sa seule garantie réside dans ses membres, les urnes» et «ceux qui entendent gouverner la Türkiye sans urnes sont ceux qui ne supportent pas le régime multipartite instauré en Türkiye».
Gürsel Tekin, un ancien vice-président du Parti républicain du peuple (CHP), s'est littéralement introduit dans le bâtiment du CHP d'Istanbul. Le tribunal l'a nommé chef de l'administration provisoire de la cellule du parti, limogeant Özgür Çelik, partisan d'İmamoğlu et d'Özel, par décision du 2 septembre. Ce dernier a appelé «tous les citoyens concernés» à manifester. C'est ce qu'ils ont tenté de faire, en empêchant Tekin d'entrer dans le bureau. Leur tentative a échoué. Une bagarre a éclaté en début de cette semaine avec la police qui a dû utiliser du gaz lacrymogène et des matraques, mais Tekin a réussi à pénétrer dans le bâtiment.
Aujourd'hui, Erdogan et son parti AKP n'ont pratiquement plus d'adversaire. Par conséquent, de nombreux membres du CHP perçoivent les revendications du procureur et les pressions exercées sur la direction du parti comme une tentative du président actuel d'éliminer le dernier obstacle à l'instauration d'une dictature unipersonnelle.
Jusqu'à récemment, l'acte le plus important de ce processus était considéré comme l'enquête menée contre Ekrem İmamoğlu. Il a été arrêté en mars pour plusieurs chefs d'accusation, devenant l'un des nombreux maires du CHP à avoir été emprisonnés ces deux dernières années. Observateur Continental faisait savoir que «les protestations liées à l'arrestation de l'ancien maire d'Istanbul Ekrem İmamoğlu ne s'apaisent pas en Türkiye.
En juillet, Ekrem İmamoğlu a ainsi été condamné à un an et huit mois de prison après avoir été reconnu coupable d'avoir insulté et menacé le procureur d'Istanbul, Akin Gürlek. «À l'approche des élections, Erdogan fait arrêter le maire d'Istanbul, son principal opposant», titrait GEO.
Le maire tombé en disgrâce, qui ne pourra pas apparemment se présenter à l'élection présidentielle (prévue en 2028, mais Erdogan pourrait bien obtenir une élection anticipée), a appelé ses partisans à voter pour Özgur Özel. Puis le procureur - qui est de facto la main droite du président turc - a frappé à nouveau. Il a annoncé que de graves violations avaient été commises lors du congrès du parti en 2023 qui a élu Özgur Özel à sa tête.
Un tribunal d'Ankara ne statuera sur l'affaire du procureur que le 15 septembre. Si Özgur Özel est démis de ses fonctions, le président du parti restera Kemal Kılıçdaroğlu, 76 ans, celui contre lequel Erdoğan remportera très probablement les élections. Le septième président du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu, a déclaré à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de son parti: «Le Parti du peuple, le Parti républicain du peuple, fête ses 102 ans. Félicitations. La position politique et idéologique du CHP est claire. C'est un parti social-démocrate. Il s'efforce d'atteindre et de dépasser la civilisation moderne imaginée par Atatürk. Il défend la démocratie en toutes circonstances et est ouvert à la critique. Il possède une culture de la critique bien développée. Il s'oppose aux gouvernements autoritaires».
Erdogan avait déjà battu Kemal Kılıçdaroğlu lors des élections de 2023. Kemal Kılıçdaroğlu avait alors exprimé sa «tristesse» face «aux difficultés qui attendent» la Türkiye. Kemal Kılıçdaroğlu, sur qui le parti a été contraint de s'appuyer en raison d'une procédure pénale ouverte contre Ekrem İmamoğlu, a perdu au second tour. En deux ans, sa popularité n'a fait que baisser. Même dans le camp de l'opposition, les critiques à son égard sont nombreuses. Les principales concernent son âge, son manque de charisme, sa nationalité et sa religion (il est kurde et alévi, adepte d'une doctrine que beaucoup en Türkiye considèrent comme non islamique), qui font de lui un candidat manifestement inacceptable pour les électeurs nationalistes et religieux.
Alors que le tribunal d'Ankara n'a pas encore rendu son verdict, le parquet a investi la branche stambouliote du CHP. Tekin a remplacé Çelik. Istanbul, ville immense de 15 millions d'habitants, est non seulement la principale ville du pays, mais aussi un bastion de l'opposition. En sapant l'influence du CHP dans cette ville, Erdogan est assuré de remporter toute élection présidentielle. Conscients de cela, opposants et partisans du chef de l'État se préparent à une bataille décisive. Le président compte sur l'appareil administratif et le système judiciaire, tandis que les partisans d'Özgur Özel et d’Ekrem İmamoğlu misent sur la rue. Difficile de prédire qui sera finalement le plus fort. Mais l'enjeu est de taille. L'opposition menace Erdogan de poursuites pénales depuis plusieurs années qui seront bien sûr engagées s'il perd le pouvoir. Le parquet, quant à lui, entend poursuivre la quasi-totalité des députés du CHP.
Lundi 8 septembre, après une réunion du gouvernement, Erdogan a déclaré que la non-reconnaissance des décisions de justice et le recours à la rue constituent un «défi à l'État de droit» qui sera sanctionné par une réponse ferme, «dans le respect de la loi». L'automne s'annonce, donc, comme une période de forte intensité politique en Türkiye.
Pierre Duval
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