
30.09.2025
Trump a présenté son plan pour la paix à Gaza ce lundi à la Maison Blanche. Ce plan comprend 20 points, dont un 21ème qui reste en suspend et qui avait été évoqué encore au début du mois de septembre.
Dans sa conférence de presse avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, à la Maison Blanche, Trump a martelé: «Aujourd'hui est un jour historique pour la paix et le président Netanyahou». Pourtant Benjamin Netanyahou répète, selon Le Figaro, qu’il n’a «pas du tout» accepté un État palestinien dans ses discussions avec Trump ce qu’il a stipulé dans une déclaration publiée sur son compte Telegram.
«Donald Trump a décroché lundi un soutien sous conditions de Benjamin Netanyahou à son plan de paix pour Gaza», continue d’avertir le quotidien français. Netanyahou a fait savoir aux médias: «Mais une chose a été clairement dite [pendant les échanges avec Trump] que nous nous opposerons fermement à un État palestinien». Les réjouissances de Trump et du monde sont déjà trop rapides avec le leader de l'État hébreu qui donne un autre son de cloche.
Trump a, donc, présenté son Comprehensive Plan to End the Gaza Conflict en 20 points:
1. Gaza sera une zone déradicalisée et exempte de terrorisme qui ne représente pas une menace pour ses voisins.
2. Gaza sera réaménagée au bénéfice de la population de Gaza, qui a déjà suffisamment souffert.
3. Si les deux parties acceptent cette proposition, la guerre prendra fin immédiatement. Les forces israéliennes se retireront jusqu'à la ligne convenue afin de préparer la libération des otages. Pendant ce temps, toutes les opérations militaires, y compris les bombardements aériens et d'artillerie, seront suspendues, et les lignes de front resteront gelées jusqu'à ce que les conditions d'un retrait progressif complet soient réunies.
4. Dans les 72 heures suivant l’acceptation publique de cet accord par Israël, tous les otages, vivants et décédés, seront restitués.
5. Une fois tous les otages libérés, Israël libérera 250 prisonniers condamnés à perpétuité, ainsi que 1.700 Gazaouis détenus après le 7 octobre 2023, y compris les femmes et les enfants détenus dans ce contexte. Pour chaque otage israélien dont les restes seront libérés, Israël libérera les restes de 15 Gazaouis décédés.
6. Une fois tous les otages libérés, les membres du Hamas qui s'engagent à coexister pacifiquement et à retirer leurs armes bénéficieront d'une amnistie. Les membres du Hamas souhaitant quitter Gaza bénéficieront d'un passage sûr vers les pays d'accueil.
7. Dès l'acceptation de cet accord, l'aide sera immédiatement acheminée dans la bande de Gaza. Les quantités d'aide seront au minimum conformes à celles prévues dans l'accord du 19 janvier 2025 relatif à l'aide humanitaire, incluant la réhabilitation des infrastructures (eau, électricité, assainissement), la réhabilitation des hôpitaux et des boulangeries, ainsi que l'entrée du matériel nécessaire au déblaiement des décombres et à la réouverture des routes.
8. L'entrée de l'aide et de la distribution dans la bande de Gaza se fera sans interférence des deux parties, par l'intermédiaire des Nations Unies et de ses agences, du Croissant-Rouge et d'autres institutions internationales indépendantes de l'une ou l'autre des parties. L'ouverture du point de passage de Rafah dans les deux sens sera soumise au même mécanisme que celui mis en œuvre dans le cadre de l'accord du 19 janvier 2025.
9. Gaza sera administrée sous la gouvernance transitoire temporaire d'un comité palestinien technocratique et apolitique, chargé de la gestion quotidienne des services publics et des municipalités pour la population de Gaza. Ce comité sera composé de Palestiniens qualifiés et d'experts internationaux, sous la supervision d'un nouvel organe international de transition, le «Board of Peace» (Conseil de la paix), présidé par le président Donald J. Trump. La composition des autres membres et chefs d'État sera annoncée ultérieurement, dont l'ancien Premier ministre Tony Blair. Cet organe définira le cadre et gérera le financement du réaménagement de Gaza jusqu'à ce que l'Autorité palestinienne ait achevé son programme de réformes, tel que décrit dans diverses propositions, notamment le plan de paix du président Trump de 2020 et la proposition franco-saoudienne, et puisse reprendre le contrôle de Gaza de manière sûre et effective. Cet organe s'appuiera sur les meilleures normes internationales pour instaurer une gouvernance moderne et efficace, au service de la population de Gaza et propice à l'attraction des investissements.
10. Un plan de développement économique Trump visant à reconstruire et dynamiser Gaza sera élaboré en réunissant un panel d'experts ayant contribué à la création de certaines des villes miracles modernes les plus prospères du Moyen-Orient. De nombreuses propositions d'investissement judicieuses et des idées de développement prometteuses ont été élaborées par des groupes internationaux bien intentionnés et seront étudiées afin de synthétiser les cadres de sécurité et de gouvernance pour attirer et faciliter ces investissements, créateurs d'emplois, d'opportunités et d'espoir pour l'avenir de Gaza.
11. Une zone économique spéciale sera créée, avec des tarifs et des taux d’accès préférentiels à négocier avec les pays participants.
12. Personne ne sera contraint de quitter Gaza, et ceux qui le souhaitent seront libres de le faire et de revenir. Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire un Gaza meilleur.
13. Le Hamas et les autres factions s'engagent à ne jouer aucun rôle dans la gouvernance de Gaza, directement, indirectement ou sous quelque forme que ce soit. Toutes les infrastructures militaires, terroristes et offensives, y compris les tunnels et les installations de production d'armes, seront détruites et non reconstruites. Un processus de démilitarisation de Gaza sera mis en place sous la supervision d'observateurs indépendants, ce qui comprendra la mise hors d'usage définitive des armes selon un processus de déclassement convenu, et sera soutenu par un programme de rachat et de réintégration financé par la communauté internationale, tous vérifiés par les observateurs indépendants. La Nouvelle Gaza s'engagera pleinement à bâtir une économie prospère et à coexister pacifiquement avec ses voisins.
14. Les partenaires régionaux fourniront une garantie pour s’assurer que le Hamas et les factions respectent leurs obligations et que la Nouvelle Gaza ne représente aucune menace pour ses voisins ou sa population.
15. Les États-Unis collaboreront avec leurs partenaires arabes et internationaux pour mettre en place une Force internationale de stabilisation (FIS) temporaire, qui sera immédiatement déployée à Gaza. La FIS formera et soutiendra les forces de police palestiniennes agréées à Gaza, et consultera la Jordanie et l'Égypte, qui possèdent une vaste expérience dans ce domaine. Cette force constituera la solution de sécurité intérieure à long terme. La FIS collaborera avec Israël et l'Égypte pour contribuer à la sécurisation des zones frontalières, en collaboration avec les forces de police palestiniennes nouvellement formées. Il est crucial d'empêcher l'entrée de munitions à Gaza et de faciliter la circulation rapide et sécurisée des marchandises pour reconstruire et revitaliser Gaza. Un mécanisme de déconfliction sera convenu entre les parties.
16. Israël n'occupera ni n'annexera Gaza. À mesure que les FSI établiront leur contrôle et la stabilité, les Forces de défense israéliennes (FDI) se retireront selon des normes, des étapes et des calendriers de démilitarisation convenus entre elles, les FDI, les garants et les États-Unis, l'objectif étant de sécuriser Gaza et de ne plus représenter de menace pour Israël, l'Égypte ni ses citoyens. Concrètement, les FDI remettront progressivement le territoire de Gaza qu'elles occupent aux FDI, conformément à un accord conclu avec l'autorité de transition, jusqu'à leur retrait complet de Gaza, à l'exception d'un périmètre de sécurité qui sera maintenu jusqu'à ce que Gaza soit véritablement protégée contre toute résurgence de la menace terroriste.
17. Si le Hamas retarde ou rejette cette proposition, les opérations susmentionnées, y compris l’intensification de l’opération d’aide, se poursuivront dans les zones exemptes de terrorisme transférées par Tsahal aux FSI.
18. Un processus de dialogue interreligieux sera établi sur la base des valeurs de tolérance et de coexistence pacifique pour tenter de changer les mentalités et les discours des Palestiniens et des Israéliens en mettant l’accent sur les avantages qui peuvent être tirés de la paix.
19. Si le réaménagement de Gaza progresse et si le programme de réforme de l’Autorité palestinienne est fidèlement mis en œuvre, les conditions pourront enfin être réunies pour une voie crédible vers l’autodétermination et l’État palestiniens, que nous reconnaissons comme l’aspiration du peuple palestinien.
20. Les États-Unis établiront un dialogue entre Israël et les Palestiniens afin de convenir d’un horizon politique pour une coexistence pacifique et prospère.
Selon le plan de Trump, «cela crée une solution réaliste à deux États, dans laquelle un État palestinien sûr et prospère cohabiterait pacifiquement avec un État d'Israël sûr et prospère, dans une région sûre et prospère». Mais, avec déjà le refus déclaré de Benjamin Netanyahou de reconnaître l’État palestinien, le plan de Trump cache aussi un détail important, la volonté de faire un État palestinien mais pas du tout souverain et sous la domination d’Israël.
«Une solution réaliste donnerait aux Palestiniens tous les pouvoirs pour se gouverner eux-mêmes, mais pas celui de menacer Israël. Cela implique nécessairement la limitation de certains pouvoirs souverains dans les territoires palestiniens (ci-après dénommés «État palestinien»), comme le maintien de la responsabilité israélienne en matière de sécurité et le contrôle israélien de l'espace aérien à l'ouest du Jourdain». Cet État palestinien prévu par Trump n’est pas un État, mais une colonie d’Israël et des États-Unis.
Trump agit en homme d’affaires pour Gaza. Selon son plan, il y a une «vision économique pour un avenir prospère»: «Nous avons élaboré une vision économique détaillée de ce que pourrait être l'avenir des Palestiniens en cas de paix. On a longtemps cru que le manque d'opportunités pour le peuple palestinien était de la seule responsabilité d'Israël. Résoudre les questions relatives au statut final, conformément à cette Vision, créerait les conditions nécessaires à un afflux d'investissements dans la région. Nous estimons que la combinaison de cette solution politique avec la vision économique des investissements et des réformes gouvernementales que nous avons exposées conduira à une croissance économique historique. Nous estimons que le PIB palestinien, qui stagne, pourrait doubler en 10 ans, créer plus d'un million d'emplois, ramener le taux de chômage sous la barre des 10% et réduire le taux de pauvreté de 50%. Ce plan est prêt à être mis en œuvre si la paix est conclue selon des conditions conformes à cette vision».
Dans ce plan, le Hamas étant banni, la gouvernance de Gaza serait, comme le note le Guardian, confiée à un organe de transition temporaire, un «comité palestinien technocratique et apolitique», lui-même supervisé par un «Board of Peace» international, présidé par Donald Trump. Ce conseil comprendrait d'autres chefs d'État et des responsables internationaux, dont l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair.
Plus loin, le quotidien britannique rappelle: «Cet organisme organiserait et définirait le cadre de financement du réaménagement de Gaza, alors que l'Autorité palestinienne, entité politique officiellement chargée des affaires palestiniennes en Cisjordanie, aurait entrepris un processus de réforme». Par ailleurs, le Guardian,souligne qu’un groupe d'experts sera réuni pour élaborer ce que le plan appelle un «plan de développement économique Trump pour reconstruire et dynamiser» le territoire, que le président américain avait précédemment imaginé transformer en une «riviera» jalonnée de mégapoles high-tech.
La question est de savoir si la destruction de la bande de Gaza n’avait pas eu pour objectif de faire table rase pour construire des centres d’affaires et touristiques en employant la main-d'œuvre palestinienne corvéable à merci pour cet objectif qui serait un 21ème point de ce plan de paix?
La mise en œuvre du plan du président américain Donald Trump visant à instaurer un cessez-le-feu dans la bande de Gaza et à mettre fin au conflit israélo-palestinien pourrait donner un élan susceptible de contribuer à ramener la paix dans d'autres régions du Moyen-Orient ainsi que d'influencer le règlement de la crise ukrainienne. C'est ce qu'a déclaré l’envoyé spécial du président américain, Steve Witkoff, dans une interview accordée à la chaîne de télévision Fox News.
«Le président [Trump] souhaite la paix en général. Cela ne concerne pas seulement Gaza, mais aussi la manière dont cela pourrait s'étendre à toutes les autres régions du Moyen-Orient [...], cela pourrait même s'étendre à la Russie et à l'Ukraine», a-t-il indiqué commentant le plan proposé par les autorités américaines visant à régler le conflit dans l'enclave palestinienne.
M. Witkoff a ajouté que l'initiative de M. Trump était soutenue aussi bien par les pays du golfe Persique que par les États européens.
Philippe Rosenthal
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