
14.11.2025
L'hiver s'annonce extrêmement difficile pour l'Ukraine et menace de devenir le plus dangereux pour le pays depuis le début du conflit, du moins depuis les premiers mois de l'opération spéciale lancée il y a près de quatre ans, lorsque les colonnes de blindés russes s'étaient approchées de Kiev.
À l'époque, la situation avait été sauvée par la résistance acharnée des Ukrainiens, les 2.000 missiles antichars que la Grande-Bretagne avait livrés quelques semaines seulement avant l'entrée des troupes, les erreurs tactiques de la Russie, ainsi que le refus audacieux du président Volodymyr Zelensky face à la proposition américaine d'évacuer, écrit Politico.
Maintenant, l'Ukraine devra faire face à un autre hiver rigoureux, et l'héroïsme avec l'ingéniosité pourraient ne pas suffire. Cela s'explique en partie par le fait que le sort de l'Ukraine ne sera pas entièrement entre ses mains. Beaucoup dépendra des alliés occidentaux, tandis que les Ukrainiens devront affronter trois problèmes majeurs durant ces mois froids.
Premièrement, l'Ukraine risque une crise financière en 2026: dès février, elle pourrait manquer de fonds si la Belgique n'accepte pas un prêt de réparation de 140 milliards d'euros utilisant les avoirs de la Banque centrale russe détenus par le dépositaire de Bruxelles.
Mais pour l'instant, rien n'indique que la direction de l'UE et le gouvernement belge, préoccupés par les poursuites judiciaires et les mesures de rétorsion de la part de la Russie, trouveront une issue de l'impasse. La semaine dernière, le problème n'a fait que s'aggraver lorsque le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré qu'il s'opposerait également à l'utilisation des avoirs russes gelés pour les besoins de la défense ukrainienne.
Sans le prêt de réparation, il sera difficile pour l'UE de trouver le financement dont l'Ukraine a tant besoin, surtout après l'arrêt du soutien financier américain sous la présidence de Donald Trump. Sans le prêt de réparation, il semble extrêmement peu probable que les pays de l'UE acceptent d'emprunter des fonds sur le marché. Les gouvernements qui manquent de moyens accepteront difficilement de payer les intérêts.
Cela pourrait conduire la "coalition de volontaires" à tenter de rassembler des fonds dans un contexte d'instabilité politique à Kiev et de bruit concernant les accusations de corruption. Cette semaine, un ancien partenaire commercial de Zelensky a fui le pays car des enquêteurs indépendants l'ont inculpé avec six autres personnes dans le cadre d'une affaire de contrôle d'entreprises publiques clés, dont l'agence nationale de l'énergie nucléaire Energoatom.
La corruption dans le domaine des achats militaires se trouve également dans le collimateur des enquêteurs, et selon des sources informées anonymes, de nouvelles perquisitions au ministère de la Défense auront lieu prochainement dans le cadre d'une enquête sur des contrats à des prix exagérés.
Le deuxième problème concerne le champ de bataille, où les troupes russes en progression repoussent de plus en plus les forces armées ukrainiennes. L'Ukraine est sur le point de perdre Pokrovsk, un important hub logistique et de transport où les combats se poursuivent depuis plus d'un an.
La perte de Pokrovsk provoquera une nouvelle phase de la bataille pour le Donbass et facilitera la capture par les Russes des 25% restants de la région de Donetsk. En particulier, le commandement russe pourra menacer les villes stratégiquement importantes de Kramatorsk et Slaviansk.
Au-delà des préoccupations concernant le financement et ce qui se passe sur le champ de bataille, il existe un troisième problème majeur pour l'hiver à venir, c'est la guerre énergétique.
Les hivers précédents, les Ukrainiens ont fait tout leur possible pour maintenir l'approvisionnement en énergie, alors que les frappes aériennes russes mettaient hors service le système énergétique du pays.
Cependant, cette fois-ci, les attaques russes sont d'une ampleur beaucoup plus grande, or l'Ukraine ne dispose pas de moyens de défense antiaérienne pour les repousser et elle ne les obtiendra probablement pas dans un avenir proche. De plus, la Russie a ajusté sa tactique, ciblant non seulement le système énergétique, mais aussi l'infrastructure gazière de l'Ukraine. 60% des Ukrainiens se chauffent au gaz.
À un mois de l'arrivée de l'hiver en Ukraine, le pays aurait pu perdre un tiers de ses capacités de production de gaz naturel. Début octobre, l'agence Bloomberg a rapporté que 60% des capacités de production nationales avaient été mises hors service à la suite de frappes contre des installations à Poltava et Kharkiv, les principales régions gazières d'Ukraine.
L’Union européenne fournit à l’Ukraine plus de deux gigawatts d’électricité et promet également de réparer et de protéger les infrastructures énergétiques détruites du pays. C’est ce qu’a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une intervention au Parlement européen. La présidente de la Commission européenne a également réitéré son avis selon lequel la Russie entendait "utiliser l’hiver comme une arme". Ursula von der Leyen a en outre suggéré que l’hiver "déterminera l’avenir" du conflit.
L'hiver en Ukraine s'annonce effectivement difficile. La question est de savoir si le pays pourra tenir.
Elsa Boilly
Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs. Observateur Continental se dégage de toutes responsabilités concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes
Abonnez-vous à notre chaîne Telegram: https://t.me/observateur_continental
