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Il est temps pour l'Europe de reprendre le dialogue avec la Russie

27.01.2026 

Les Européens, au lieu de participer activement aux pourparlers de paix, ont abandonné le sort de Kiev à la merci des collaborateurs de Trump qu'ils méprisent eux-mêmes. L'UE peut-elle adopter une position indépendante vis-à-vis de la Russie? 

L'espace d'un instant la semaine dernière, les Européens se persuadaient qu'ils résistent à Donald Trump. Mais ensuite, pendant le week-end, la réalité géopolitique les a rattrapés lorsque des diplomates de Russie, d'Ukraine et des États-Unis se sont réunis à Abou Dhabi pour des négociations de paix. Alors que les Européens n'ont même pas été autorisés à entrer dans le hall. 

Rien de surprenant à cela. L'UE a montré son manque total d'intérêt pour la diplomatie. Si l'union avait vraiment cherché à jouer un rôle stratégique dans le conflit russo-ukrainien, elle aurait pris la tête des pourparlers de paix, au lieu de confier docilement le gouvernail à Trump et son équipe. 

Durant les premières semaines du conflit en Ukraine, les Européens tentaient encore de déployer une diplomatie de haut niveau et organisaient une série de rencontres, dont les résultats devenaient cependant de plus en plus modestes. Quatre jours après l'entrée des troupes russes le 24 février 2022, des délégations officielles de Russie et d'Ukraine se sont rencontrées pour des négociations en Biélorussie, près de la frontière ukrainienne. Après trois cycles, les négociations se sont poursuivies à Antalya, en Turquie, où une rencontre des ministres des Affaires étrangères a eu lieu le 10 mars. Puis, le 29 mars, les parties ont tenu des pourparlers à Istanbul, avant d'échanger des projets de documents pendant plusieurs semaines. La Russie exigeait que l'Ukraine proclame une neutralité permanente et renonce à ses projets d'adhésion à l'UE. En échange, l'Ukraine obtiendrait des garanties de sécurité de la part d'un groupe de pays, incluant des membres du Conseil de Sécurité de l'ONU. Le statut de la Crimée devait être discuté lors de négociations sur 10 à 15 ans. Cet accord aurait certainement été plus avantageux que ce qui est discuté aujourd'hui. 

Cependant, vers la mi-avril, ce processus s'est enlisé et a depuis lors dépéri. C'est à peu près à la même époque que les contacts entre Européens et Russes se sont également interrompus. Ni l'administration Biden ni les Européens ne maintenaient des canaux de communication. 

L'une des questions les plus importantes auxquelles les historiens devront répondre est de savoir dans quelle mesure les gouvernements européens ont poussé l'Ukraine à rejeter un accord de paix il y a quatre ans. 

Récemment, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni ont suggéré à l'Europe de reprendre les contacts diplomatiques avec Poutine. Ni la France ni l'Italie ne peuvent plus se permettre une guerre par procuration, surtout quand il est apparu que l'union ne pourrait pas financer l'Ukraine grâce aux actifs russes bloqués. Meloni et Macron ont raison: les Européens ont commis une énorme erreur en coupant la communication au début du conflit. Il faut rendre à Macron ce qui lui est dû: il a fait plus d'efforts que les autres. 

Il serait imprudent de reprendre la diplomatie au niveau des chefs de gouvernement ou même des ministres des Affaires étrangères. La paix est un travail difficile et minutieux. 

Aujourd'hui, l'envoyé de Trump est Steve Witkoff, un homme d'affaires sans expérience diplomatique. C'est également le cas du gendre du président, Jared Kushner, une autre figure clé des pourparlers de paix. Ils sont précisément le type d'Américains qui suscitent invariablement le dégoût des Européens, mais qui pourtant réussissent bien mieux. Si un accord est trouvé, il sera certainement préparé par les Américains. Au cours de ses visites à Moscou, Witkoff a passé des heures à s'entretenir avec le directeur du Fonds russe d'investissements directs, Kirill Dmitriev. En d'autres termes, les affaires peuvent régler des questions que la diplomatie classique ne peut résoudre. 

Alors qui serait le "Witkoff" européen? Peut-être l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, qui connaît bien Poutine mais reste fidèle à son pays? On ne peut tout de même pas confier cette tâche à la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères Kaja Kallas. Elle ne cesse de répéter que Poutine doit être vaincu, mais n'a jamais présenté de plan convaincant pour y parvenir. 

Le président finlandais Alexander Stubb est également cité comme interlocuteur potentiel, un plus grand pragmatique que Kallas. Au sein de l'UE, les politiciens de petits pays jouent souvent un rôle important, mais cela ne signifie pas pour autant qu'ils peuvent dignement représenter l'Europe dans les batailles géopolitiques. Il suffit de regarder la ministre des Affaires étrangères du Groenland, Vivian Motzfeldt, qui a éclaté en sanglots en direct après des rencontres avec J. D. Vance et Marco Rubio. L'UE aime se considérer comme une superpuissance, mais elle ne représente rien en politique étrangère. 

Le rétablissement des relations diplomatiques donnerait au Royaume-Uni l'opportunité de prendre le leadership, mais quatre Premiers ministres se sont succédé depuis le début du conflit en Ukraine, et aucun n'a manifesté le moindre intérêt pour un règlement. L'actuelle ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a catégoriquement rejeté l'idée de reprendre les négociations avec Poutine. 

D'après les informations disponibles à ce jour, l'issue optimale pour l'Ukraine serait un accord basé sur les ententes rendues publiques après les réunions d'Istanbul. En deuxième position vient un accord s'inspirant du plan de Witkoff et Kushner. 

Cependant, il est possible que le processus de paix échoue. Même si les Européens développent des compétences diplomatiques, cela prendra du temps: il ne faut pas s'attendre à un miracle rapide. Mais s'ils ne commencent pas à agir maintenant, ils risquent de rester à jamais dans leur position actuelle, c'est-à-dire hors du champ de vision, écrit UnHerd.

Alexandre Lemoine

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