
03.03.2026
Qui est le chef dans l'UE? La crise iranienne a exacerbé la lutte interne au sein de la bureaucratie européenne. Le conflit au Moyen-Orient a de nouveau mis en lumière les relations tendues entre la chef de la diplomatie européenne Kaja Kallas et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Les deux plus hautes responsables de l'UE sont au bord d'un conflit à propos de la question de savoir qui coordonnera la réponse de l'UE à la crise. Parallèlement, l'Union européenne s'est retrouvée totalement non préparée au conflit au Moyen-Orient. "La rivalité entre Kallas et von der Leyen est évidente", rapporte Politico citant l'avis de responsables européens. "Elle reflète la répartition des compétences dans la politique étrangère européenne, qui n'est pas toujours clairement équilibrée."
Après le début de l'agression des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, von der Leyen et Kallas n'ont pas communiqué directement. De plus, elles ont fait des déclarations distinctes et non coordonnées entre elles. "La lutte à Bruxelles se concentre pour savoir qui doit parler et sur quelle base juridique", rapporte Politico citant les propos d'un diplomate européen.
Tôt samedi matin 28 février, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa se sont empressés de donner le ton aux mesures de rétorsion en publiant une déclaration commune appelant à une "retenue maximale". Mais ils ont été devancés par la chef de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas, qui avait publié une demi-heure plus tôt une déclaration distincte dans laquelle elle indiquait qu'elle étudiait des solutions diplomatiques.
Une partie des responsables bruxellois soulignent que les questions de "situations d'urgence", comme la crise au Moyen-Orient, doivent être coordonnées par la Commission européenne. D'autres, en revanche, indiquent que l'UE dispose de son propre service diplomatique (Service européen pour l'action extérieure) et d'un haut représentant pour les affaires étrangères. Et que ce sont eux qui doivent s'occuper de la politique étrangère.
"Alors que l'UE s'efforce de rester alliée avec Washington et de faire preuve d'unité transatlantique, les querelles internes à Bruxelles montrent qu'il est prématuré de parler de la transformation de l'UE en un acteur géopolitique influent", note Politico.
Le média souligne également que l'UE était totalement impuissante face à l'évolution de la situation autour de l'Iran. "N'ayant aucune influence ni à la Maison-Blanche ni en Israël, Bruxelles est contraint de rester un simple observateur", écrit Politico. "L'UE échange des informations et suit la situation", rapporte le média citant un diplomate européen. "En temps normal, nous devrions parler avec l'administration américaine, dialoguer avec les Israéliens. Rien de tout cela ne semble possible... L'UE se retrouve reléguée au rang d'acteur de second ordre."
Depuis l'année dernière, von der Leyen s'est efforcée de renforcer les positions de la Commission en matière de politique étrangère, notamment par la création de la Direction générale consacrée au Moyen-Orient, à l'Afrique du Nord et aux pays du Golfe (la DG MENA) sous la direction de la commissaire Dubravka Šuica. À Bruxelles, cette initiative a été largement interprétée comme une tentative de détourner l'influence du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) vers le Berlaymont (siège de la Commission européenne).
Alexandre Lemoine
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