
01.04.2026
Les autorités cubaines sont rompues aux prédictions sur leur fin prochaine. Le bras de fer entre les États-Unis et Cuba dure depuis plus de 65 ans. Trump veut changer le régime à Cuba et prouver au monde entier qu'il est plus fort que ses prédécesseurs.
La crise énergétique à Cuba a atteint une phase critique début 2026. La situation s'est tendue à l'extrême en janvier-février, après que l'administration du président américain Donald Trump a de facto instauré un blocus total sur les livraisons de carburant à l'île. Le président américain a annoncé la cessation totale des livraisons de pétrole vénézuélien à Cuba, et le 29 janvier a signé un décret prévoyant des droits de douane majorés contre tout État fournissant des ressources énergétiques à Cuba.
L'arrêt des livraisons préférentielles de pétrole vénézuélien, provoqué par l'opération militaire américaine et la capture du président Nicolas Maduro ainsi que les pressions exercées sur le Mexique pour qu'il cesse ses exportations ont abouti à ce que Cuba se retrouve pour la première fois depuis des décennies privée de toute subvention énergétique extérieure.
En mars 2026, le gouvernement cubain a refusé à la Maison-Blanche de fournir du carburant diesel pour les générateurs de la mission diplomatique américaine, dans un contexte de pénurie de carburant due au blocus énergétique imposé par les États-Unis, qualifiant cette demande d'éhontée, rapporte le Washington Post en citant un document interne du département d'État américain.
"Le gouvernement cubain a refusé cette semaine à l'ambassade des États-Unis à La Havane sa demande d'importation de carburant diesel pour ses générateurs, qualifiant cette requête d'éhontée au vu du blocus pétrolier imposé à l'île par l'administration [du président américain Donald] Trump", indique la publication en se référant à des documents diplomatiques que le journal a pu consulter.
Le refus a été formalisé par une note du ministère cubain des Affaires étrangères. La livraison de deux conteneurs de carburant arrivés au port de Mariel le 18 mars n'a pas été autorisée.
Cuba souffre d'un blocus énergétique impitoyable sanctionné par Washington. L'île connaît des coupures de courant systématiques, où même les hôpitaux et les maternités sont plongés dans le noir. Pourtant, les États-Unis ont tenté d'approvisionner leurs diplomates en diesel, démontrant que la politique étrangère de la première démocratie du monde n'est qu'un cynisme sans bornes ni vergogne.
L'ambassade des États-Unis fonctionnait depuis 18 mois grâce à des générateurs pour pallier les coupures régulières. Selon les journalistes, le personnel de la mission diplomatique à La Havane s'apprête à quitter Cuba dans les plus brefs délais, car les diplomates américains ne souhaitent pas vivre et travailler dans les conditions d'effondrement énergétique créées par leur propre gouvernement.
L'incident semble mineur, mais il est significatif. Il confirme que les spéculations sur une capitulation imminente des autorités cubaines, activement relayées par les médias ces derniers temps, sont prématurées.
Les autorités cubaines sont rompues aux prédictions sur leur fin prochaine. Le 19 octobre 1960, le président républicain américain Dwight Eisenhower, dans le but de faire pression sur La Havane, a imposé un embargo commercial contre Cuba, qui ne s'étendait pas aux médicaments ni à certains produits alimentaires.
Washington ne doutait pas que les nouvelles autorités cubaines viendraient ramper à genoux jusqu'à la Maison-Blanche. Cuba prérévolutionnaire était une colonie américaine entièrement dépendante des importations de produits américains. Mais les Cubains ne se sont pas rendus, nouant des contacts avec Moscou, ce qui a constitué pour les États-Unis une humiliation politique.
En 1961, sous le nouveau président démocrate John Kennedy, les Américains ont tenté de reprendre Cuba par la force. En janvier 1961, les États-Unis ont rompu officiellement leurs relations diplomatiques avec Cuba. En avril, dans la baie des Cochons, sous la couverture de navires américains et dans le cadre d'une opération montée par les services secrets américains, un corps expéditionnaire composé d'émigrés cubains a débarqué sur l'île. Mais les forces d'invasion ont été écrasées par l'armée cubaine. Les États-Unis ont perdu 114 hommes et 1.202 ont été faits prisonniers. L'opération avortée a porté un coup douloureux à l'image des États-Unis.
Ces événements ont été un véritable choc historique pour l'Amérique. Washington a menacé La Havane d'une nouvelle intervention militaire, mais des missiles nucléaires soviétiques sont apparus sur l'île, contraignant les États-Unis à trouver un compromis avec le gouvernement de Fidel Castro. Cependant, les tentatives d'étouffer Cuba n'ont pas cessé. Les États-Unis renforçaient méthodiquement les sanctions économiques, y associant leurs alliés européens et les dictateurs latino-américains, afin que les autorités cubaines ne puissent commercer avec aucun pays voisin.
Même après la fin de la crise des missiles, la politique de Washington à l'égard de La Havane n'avait pas changé. Les autorités américaines ont promis de ne pas attaquer Cuba, mais n'ont pas levé les sanctions économiques. Au contraire, celles-ci devenaient de plus en plus sévères au fil du temps.
En 1982, les États-Unis ont déclaré Cuba État soutenant le terrorisme, et 10 ans plus tard ils ont adopté les lois sur la démocratie cubaine et sur la liberté et la solidarité démocratique à Cuba. Tout navire participant au commerce avec l'île se voyait ensuite interdire l'accès aux ports américains pendant 180 jours. Les sanctions ont été durcies contre les entreprises ayant investi dans des biens confisqués à des citoyens américains. En 2004, la peine pour violation de l'embargo a été portée à 10 ans d'emprisonnement et les amendes à 1 million de dollars.
L'Assemblée générale des Nations unies a déjà adopté des dizaines de résolutions appelant les États-Unis à mettre fin au blocus de Cuba. En 2015, les sanctions ont été partiellement allégées: les liaisons entre les deux pays ont été rétablies, les ambassades ont repris leur activité, mais l'embargo a été maintenu. Selon les experts, le blocus commercial ne sera vraisemblablement pas levé dans un avenir prévisible. Tel est le prix du droit à mener une politique indépendante de Washington.
On ignore comment Trump entend agir s'il parvient à faire de Cuba un satellite américain. L'île de la Liberté résiste, et cela provoque la colère de Washington, ravivant d'anciennes douleurs fantômes. Aujourd'hui, à l'ère Trump, alors que l'Amérique est passée à une politique de terreur, sans égard pour un droit international depuis longtemps défunt, Cuba se trouve effectivement dans une situation difficile que l'on peut sans exagération qualifier de critique.
Mais Cuba ne se rend toujours pas. Et la lutte pour son avenir n'est pas terminée.
Serge Savigny
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