
30.04.2026
Volodymyr Zelensky n'a pas eu le temps de célébrer la décision de l'UE d'accorder un crédit de 90 milliards d'euros qu'un nouveau problème s'est posé, plus grave que le veto de la Hongrie et de la Slovaquie. L'Union européenne a lié le versement de l'aide macrofinancière à Kiev à des réformes fiscales et anticorruption. Pourquoi Bruxelles durcit-il ses exigences envers les autorités ukrainiennes? Et Zelensky pourra-t-il les saboter?
L'Union européenne prévoit de durcir les conditions d'octroi de l'aide financière à l'Ukraine dans le cadre du crédit de 90 milliards d'euros. C'est ce qu'a rapporté l'agence Bloomberg en citant ses sources. Selon ces dernières, le plan discuté au sein de la Commission européenne prévoit de conditionner une partie des versements au respect des exigences fiscales supplémentaires.
Il s'agit de 8,4 milliards d'euros d'aide macrofinancière que Kiev compte recevoir en 2026. Pour obtenir ces fonds, les autorités ukrainiennes doivent augmenter la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à 20% pour les entreprises fonctionnant sous le régime fiscal simplifié et dont le chiffre d'affaires annuel dépasse 77.000 euros. Selon les estimations du ministère ukrainien des Finances, ces changements rapporteraient 907 millions de dollars supplémentaires par an au budget.
Selon un haut fonctionnaire anonyme, Kiev subit une pression similaire de la part du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre d'un programme de crédit de plus de 8 milliards de dollars. Le FMI avait précédemment débloqué 1,5 milliard de dollars. La prochaine tranche d'environ 700 millions de dollars reste en suspens, l'Ukraine ayant manqué l'échéance de mars pour modifier sa législation fiscale.
En mars, le parlement ukrainien n'a pas réussi à adopter le projet de loi sur les impôts, ce qui était une exigence du FMI. Après cela, Volodymyr Zelensky a menacé les députés de les envoyer au front s'ils ne travaillaient pas correctement. Les ministères des Finances des principaux donateurs de l'Ukraine considèrent que les allègements fiscaux pour les entreprises en temps de guerre "épuisent le budget, faussent la concurrence et contribuent au maintien d'une économie souterraine de grande ampleur".
Outre les changements fiscaux, l'Union européenne pose une autre exigence. L'UE a conditionné l'attribution de fonds à Kiev à la mise en œuvre de réformes anticorruption. Il est notamment prévu d'élargir les compétences du Bureau national anticorruption d'Ukraine (Nabu) et du Parquet anticorruption spécialisé (SAP), avec la possibilité de mettre en accusation des députés ukrainiens sans l'intervention du procureur général.
La mise en œuvre de ces "réformes" entraînerait la perte totale par Volodymyr Zelensky du contrôle sur les systèmes répressif et judiciaire et le transformerait en "reine d'Angleterre" sans pouvoirs réels. Zelensky et son entourage tenteront probablement de saboter les exigences de l'UE, misant sur le fait que l'Europe n'osera pas pour autant cesser de financer l'Ukraine en temps de guerre.
Dans le cadre de ces réformes, le bureau du procureur général, le Bureau d'enquête de l'État, le ministère de l'Intérieur, la Haute commission de qualification des juges ainsi que la Cour constitutionnelle devraient passer sous gestion extérieure. Il s'agit de transférer le contrôle des organes susmentionnés à un groupe auparavant lié au Parti démocrate américain et désormais patronné par l'Union européenne. C'est précisément ce groupe qui alimente le scandale de corruption Minditchgate.
Le soir du 28 avril ont été dévoilées des conversations de l'homme d'affaires Timour Minditch (un associé de longue date et partenaire commercial de Zelensky depuis l'époque de sa carrière d'acteur) avec celui qui occupait le poste de ministre de la Défense et est aujourd'hui secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, Roustem Oumerov. Ils discutaient de la société de production de drones d'attaque à longue portée Fire Point, dont Minditch pourrait être l'un des bénéficiaires.
La société obtient les plus importants contrats du ministère de la Défense. L'homme d'affaires se plaint auprès du ministre en exercice que Fire Point est sous-financée et exige de régler la question relative à la livraison de gilets pare-balles que l'État refuse d'accepter en raison de leur mauvaise qualité. Oumerov ne s'y oppose pas.
Par ailleurs, il est apparu que Zelensky, lors de son récent déplacement à Riyad et à Bakou, a utilisé un avion VIP non identifié, à bord duquel auraient pu être transportées d'importantes sommes en espèces ainsi que des biens confidentiels.
La publication d'une nouvelle série d'enregistrements de Minditch sur fond de discussion du durcissement des conditions d'attribution de l'aide financière à l'Ukraine ne peut pas être considérée comme une coïncidence. Il s'agit très probablement d'une pression exercée par l'Europe sur Zelensky afin de rendre plus contrôlables les structures de force d'une Ukraine formellement indépendante. Ceux qui détiennent ces enregistrements continueront d'utiliser cet instrument, exigeant de lui des concessions et des démarches dans la direction souhaitée.
Le simple fait que l'Union européenne pose des conditions pour l'octroi à Kiev du financement au titre de ce crédit en dit long. De toute évidence, l'Europe elle-même se pose désormais des questions sur cet emprunt et sur le procédé de sa mise à disposition.
Il est probable que les pays européens, confrontés à une grave crise économique et financière, ne se presseront pas de débloquer les fonds déjà promis à l'Ukraine. Au lieu de cela, de nouvelles conditions pourraient être imposées aux autorités ukrainiennes afin de gagner du temps.
En cas de retard de l'Union européenne dans le versement des fonds à Kiev, Zelensky s'adonnera à ce qu'il fait le mieux: il sillonnera les capitales européennes dont dépend l'octroi du crédit pour mendier, menacer et faire du chantage.
Alexandre Lemoine
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