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L'Arménie face à des choix vitaux

18.05.2026

Les élections législatives arméniennes ont lieu le 7 juin 2026 afin de renouveler les membres de l'Assemblée nationale. Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, continue de jouer sur deux tableaux à l'approche des élections. En outre, le projet du corridor de transport à travers le Caucase du Sud pour l’UE et les États-Unis se trouve menacé par la guerre israélo-US.

Avant les élections législatives arméniennes, Pachinian continue de miser sur deux tableaux. Au début du mois de mai, Erevan a accueilli trois événements importants. Les 4 et 5 mai, trois sommets ont eu lieu: le sommet de la Communauté politique européenne (CPE) (Communauté politique européenne (CPE), une instance informelle de coopération intergouvernementale, lancé à l'initiative d'Emmanuel Macron durant la présidence française du Conseil de l'Union européenne en 2022 dans le contexte du conflit en Ukraine), le sommet bilatéral UE-Arménie et le sommet bilatéral franco-arménien. 

L'euphorie et l'intérêt suscités par ces manifestations ne peuvent manquer d'affecter la campagne électorale du candidat soutenu par l’UE qui vient de commencer et qui se terminera le 7 juin. L’objectif du CPE est de favoriser le dialogue politique et la coopération afin de répondre aux questions d'intérêt commun, de manière à renforcer la sécurité, la stabilité et la prospérité du continent européen; tout en permettant un meilleur accompagnement des candidats à l'adhésion à l'Union européenne. 

L’UE veut intégrer l’Arménie dans le bloc. Le 5 mai, l'UE et l'Arménie ont signé un partenariat pour renforcer leurs liens économiques et pour approfondir leur coopération en matière de sécurité.

La France de Macron et l’Arménie ont officialisé à cette date un accord de partenariat stratégique à Erevan. Macron était fier de se montrer en train de chanter et de faire des selfies avec Pachinian pour provoquer la Russie.

Les observateurs se demandent ce que la France et l’UE, qui traversent une crise historique, recherchent en Arménie: élargir le conflit contre la Russie ou perdre encore plus d’argent dans le Caucase? Pachinian a imposé un virage décisif de l’Arménie vers Bruxelles, tout en essayant de ne pas trop s'écarter de Moscou. Avec les prochaines élections, la réelle position géopolitique de l'Arménie devrait se montrer au grand jour.

La guerre d’agression des États-Unis et d’Israël contre l’Iran touche aussi la «Route Trump pour la paix et la prospérité internationales» (TRIPP). Les Echos précisent: «Le projet de route reliant l'Azerbaïdjan et le Nakhitchevan via le sud de l'Arménie se concrétise. Soutenue par Washington, cette initiative entend relancer les échanges et favoriser la paix entre les deux anciennes républiques soviétiques, après plus de trente ans de conflit».

Les États-Unis, qui se désengagent de l’Europe militairement et de l’OTAN, veulent gagner l’Arménie comme une nouvelle terre coloniale en y rajoutant l’Azerbaïdjan, mais il y a aussi Bruxelles de von der Leyen qui vise ce même objectif en particulier pour trouver des sources énergétiques alors que le bloc s’est coupé de la Russie, de l’Iran, mais aussi quelque part des États-Unis en misant sur un rééquilibrage. 

«L'Union européenne cherche effectivement à sécuriser ses approvisionnements en pétrole et en gaz auprès de l'Azerbaïdjan. Dans le cadre de sa stratégie visant à réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes, Bruxelles a intensifié son partenariat énergétique avec Bakou, qui devient un fournisseur clé pour le marché européen», soulignait Le Temps quand le bloc pensait avoir les États-Unis derrière elle dans sa guerre contre la Russie. 

Les Américains et les Européens (les élites qui dirigent les peuples qui y vivent) ont voulu le contournement logistique de la Russie. Avec la guerre israélo-US ces projets sont mis à mal et cela impacte directement le choix de l’Arménie: s’amuser à tromper la Russie en allant sauter dans une nouvelle aventure incertaine avec von der Leyen et Trump?

Dans les faits, à regarder une carte du monde, il est aisément facile de comprendre que l’Arménie se trouve très loin de Bruxelles et de Washington et que dans le cas d’une crise grave ou d’un nouveau conflit, Erevan n’est pas certaine de recevoir l’aide nécessaire de l’UE ou des États-Unis. 

Ces deux entités se trouvent dans une crise inédite où il n’est pas certain qu’elles puissent lui survivre. Récession, crise sociale, fort chômage jusqu’à l’annonce d’une guerre civile sont agités par les observateurs.

Dans ce contexte ultra-tendu, Erevan est obligée de bien réfléchir sur son choix. Sans le soutien de son très proche voisin, la Russie, un pays chrétien, elle sera très isolée et les élites de Bruxelles ou de Washington ont l’habitude d’annoncer des promesses sans les tenir.

Vladimir Poutine avait déjà mis en garde le premier ministre arménien sur le fait que le rapprochement avec l’UE était «impossible par définition». «Il est impossible d’être à la fois membre de l’union douanière [avec l’UE] et de l’union économique eurasienne [avec la Russie]», avait-il rappelé lors de leurs entretiens à Moscou le 1er avril.

La présence du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, au sommet de la Communauté politique européenne, qui s’est tenu le 4 mai dans la capitale arménienne en présence d’une cinquantaine de dirigeants, a été une provocation montée de toute pièce par l’UE. L’Arménie de Pachinian joue avec le feu. Le Caucase n’est pas connu pour être une zone stable. Ce pays entouré de pays non chrétiens est en train de jouer sa peau. Cela explique la duplicité de Pachinian qui ne peut pas oublier le génocide arménien de 1915 ou le long conflit contre l’Azerbaïdjan.

L’Azerbaïdjan pense relier le projet du Corridor médian (aussi appelé Corridor central ou Route internationale de transport transcaspienne, un réseau multimodal de plus de 4.700 km reliant la Chine et l'Asie du Sud-Est à l'Europe) à la «Route Trump pour la paix et la prospérité internationales» (TRIPP). Les deux projets contournent la Russie par le sud en passant par le Kazakhstan, la mer Caspienne, l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et la mer Noire. 

La Turquie a aussi intensifié les efforts pour promouvoir le Corridor médian comme alternative au détroit d'Ormuz.

Cependant, la guerre contre l’Iran reste un obstacle aux projets de l’UE et des États-Unis pour contourner la Russie. Un certain nombre de pays commencent à accepter et à mettre en place le contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz. «L'Irak et le Pakistan ont conclu des accords avec l'Iran sur l'approvisionnement en pétrole et en gaz naturel liquéfié du golfe Persique», a rapporté Reuters. 

Alors que de plus en plus de gouvernements sont prêts à conclure des accords avec l’Iran, cela risque de normaliser l’idée que l’Iran contrôlera le détroit d’Ormuz de manière plus permanente. Ainsi, les Iraniens ont la possibilité de jouer sur deux tableaux: de continuer à contrôler le détroit d’Ormuz et de contrecarrer «la Route Trump» et le projet de l’UE. 

Enfin, il y a la position de la Russie et des pays asiatiques dont la Chine qui observent l’évolution de l’Arménie et la volonté des États-Unis de venir se greffer sur le projet de l’UE pour en prendre le contrôle. 

Le conflit commercial, politique et militaire étant déjà bien entamé entre les États-Unis et Bruxelles, les idées de vouloir contourner la Russie semblent bien être mises à mal en se heurtant à la réalité du terrain et de l’instabilité de la région devenue encore plus incertaine avec la guerre contre l’Iran. La Chine et la Russie restent deux puissances stratégiques dans la région. Erevan va devoir bien réfléchir avant de choisir totalement l’UE qui risque d’ailleurs de s’effondrer tant le projet européen est un échec.

L’analyste André Korybko avertit que l’Arménie ne pourrait jamais choisir l’UE car elle fait tout pour conserver les avantages de l’adhésion à l’Union économique eurasienne. Il prévient: Loin d’un divorce «doux» avec la Russie, le résultat final pour l’Arménie pourrait être la réalisation de l’axe azéri-turc officialisant le statut de l’Arménie en tant que son nouveau sandjak: division administrative de l'Empire ottoman.

Pierre Duval 

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